À la une, Commentaire

Le retour du travail en présentiel : tendance durable ou backlash ?

Le retour du travail en présentiel relance un débat de fond sur l’organisation du travail, la flexibilité et les relations humaines en entreprise. Entre télétravail, exigences économiques et métiers qui nécessitent une présence physique, l’équilibre reste difficile à trouver.

Cette expression me fait un peu sourire. Pour moi, le travail a toujours été présentiel. Il est vrai que le Covid a drastiquement changé la donne, et cela pour le mieux dans les circonstances que nous avons connues.

Toutefois, il ne faut pas laisser de côté les travaux qui demandent une intervention physique humaine. Ne négligeons pas non plus «les petites mains», celles qui nous aident à vivre confortablement, comme les éboueurs, les caissières ou les ouvriers de production.

D’ailleurs, le travail à domicile n’est pas nouveau. Dans les années 1960 déjà, de nombreuses entreprises du secteur horloger suisse externalisaient certaines tâches à domicile, offrant ainsi une activité et un revenu complémentaire à de nombreuses personnes, en particulier des femmes.

Récemment, certaines entreprises ont proposé à leurs employés de travailler à domicile un jour par semaine. Cela réduit la demande de surfaces de bureaux. Peut-être qu’à l’avenir, la tendance sera de travailler deux jours en présentiel et le reste depuis le domicile. Mais qu’en est-il des ouvriers qui produisent ou assemblent des produits dont nous avons grand besoin ?
Va-t-on, une fois encore, délocaliser tous ces travaux ?

Je connais plus d’un jeune qui serait d’accord de travailler à 80 % depuis son domicile. Mais qu’en est-il des relations humaines avec les autres collègues de travail ? Il me semble que les contacts entre employés motivent et rendent le travail moins monotone.

Ces petites pauses durant lesquelles on parle de tout et de rien, mais très souvent aussi du travail, permettent d’échanger des informations importantes sans que de grandes séances soient organisées. Il semble que les RH ne se penchent pas suffisamment sur ce problème et soient dirigées uniquement par un souci de réduction des coûts.

Le rapport « Retour au bureau : bilan et perspectives » de LiveCareer ne va pas me contredire : 60 % des salariés avaient anticipé une hausse des obligations de présentiel en 2025.

Ce constat traduit une tendance lourde : les entreprises renforcent leur politique de retour au bureau, malgré les préférences des salariés. D’ailleurs, 91 % des répondants affirment connaître au moins une personne rappelée sur site depuis 2023, illustrant une généralisation du retour en présentiel.

Cette dynamique s’accompagne d’un net clivage entre les attentes des directions et celles des collaborateurs. Seuls 31 % des sondés pensent que les contraintes de présence vont diminuer, et 9 % n’anticipent aucun changement. Ce flou montre que les stratégies RH doivent évoluer pour mieux concilier les exigences managériales et le besoin de flexibilité.

Pour de nombreux salariés, un retour en présentiel complet représente un recul, tant sur le plan personnel que professionnel.

Les avantages liés au télétravail sont pourtant largement reconnus. Parmi les répondants, 49 % soulignent le gain de temps lié aux trajets, 42 % les économies réalisées et 40 % une productivité accrue.

Pour 32 %, le travail à distance permet un meilleur équilibre de vie. Ces éléments expliquent pourquoi deux tiers des salariés refuseraient de revenir au bureau, même contre une augmentation de salaire de 15 %.

Et dans tout cela, que représente encore la culture d’entreprise ?

Seule une présence forte peut permettre aux employés de se sentir membres d’une communauté dans laquelle ils s’investissent.

Le débat ne devrait sans doute plus opposer télétravail et présentiel, mais chercher comment concilier efficacité, flexibilité et relations humaines dans le monde du travail de demain.
P.dN.

Culture, Eclairage

Les saisons

Je me souviens des chansons qui célébraient le printemps. C’est vrai, cette saison est un renouveau, pour beaucoup la fin des périodes de brouillard et de froid. Elle inspire aussi de nombreuses mélodies, comme la Fanfare du printemps de l’abbé Bovet, qui en donne parfaitement le ton.

L’être humain se réjouit en général de voir les jours s’allonger et la nature s’éveiller. Les arbres fleurissent, les couleurs réapparaissent. Pour certains, le printemps annonce la saison des champignons et leur cueillette. D’autres partent à la recherche des feuilles de dent-de-lion pour les savourer en salade ou en soupe.

Même les plus petits insectes se remettent à l’ouvrage, contribuant, parfois à leur insu, à la propagation rapide de certains virus végétaux, notamment sur les jeunes pousses. Tout se réveille, tout s’active.

Mais pour d’autres, c’est une autre paire de manches. Le printemps rime avec yeux rougis, nez qui coule et prise de médicaments pour endiguer ces désagréments. Que ce soit le rhume des foins ou une fatigue persistante, rien ne porte ces personnes à se réjouir pleinement du renouveau de la nature.

Et c’est peut-être là que réside toute l’ambiguïté du printemps. Derrière son image lumineuse et universellement célébrée, il ne suscite pas les mêmes élans chez chacun. Là où certains y voient une promesse, d’autres n’y trouvent qu’un déséquilibre passager.

Le printemps ne s’impose pas, il se vit différemment. Il réveille les envies autant qu’il met en lumière certaines fragilités. Il nous rappelle surtout que, comme la nature, nous avançons par cycles — parfois en fleurs, parfois encore en attente.

Peut-être est-ce cela, au fond, le véritable message de cette saison : accepter que le renouveau ne soit ni instantané, ni uniforme. Qu’il prenne son temps. Qu’il hésite. Qu’il tâtonne.

Car après tout, même les arbres ne bourgeonnent pas tous le même jour.

Et si le printemps n’était pas seulement une saison, mais aussi un état d’esprit ?

On parle souvent de renouveau comme d’une évidence. Comme si, à l’image de la nature, il suffisait d’un peu de lumière et de douceur pour que tout reparte. Mais chez l’être humain, les choses sont rarement aussi simples.

Certains ressentent cette énergie nouvelle, cette envie de faire, de sortir, de recommencer. D’autres, au contraire, restent en retrait, comme en décalage avec cette effervescence ambiante. Et il n’y a là rien d’anormal.

Le printemps nous confronte, parfois sans ménagement, à cette idée du changement. Il nous rappelle ce que nous pourrions être, ce que nous aimerions devenir… sans toujours nous en donner immédiatement la force.

Peut-être faut-il alors voir cette saison autrement. Non pas comme une injonction à renaître, mais comme une invitation. Une invitation à observer, à ressentir, à avancer à son propre rythme.

Car après tout, dans la nature, certaines graines mettent du temps à germer. Et cela ne les empêche pas, un jour, de fleurir.

Et si, cette année, nous nous accordions simplement le droit de fleurir… chacun à notre manière, à notre rythme ?
P.dN.