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Le cash, un réflexe du passé ou une garantie d’avenir ?

L’inscription de l’argent liquide dans la Constitution suisse marque un tournant symbolique fort dans une Europe de plus en plus tournée vers les paiements numériques. Entre liberté individuelle, sécurité et autonomie, le débat dépasse largement la simple question des moyens de paiement et interroge notre rapport à la technologie et au contrôle des transactions du quotidien.

Maintien de l’argent liquide : les Suisses votent massivement pour le contre-projet

L’argent liquide sera inscrit dans la Constitution suisse. Le dimanche 8 mars 2026, les Suisses ont accepté à 73,4 % le contre-projet direct du Conseil fédéral à l’initiative sur l’argent liquide. L’initiative elle-même a été rejetée à 54,4 % ainsi qu’à la majorité des cantons.

Ce vote vise avant tout à garantir la disponibilité de l’argent liquide et la pérennité du franc suisse au niveau constitutionnel.

Une petite révolution est peut-être en marche, et elle pourrait influencer les voisins européens. En effet, plus de la moitié des transactions dans l’Union européenne sont encore réalisées en espèces. L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse figurent parmi les pays les plus attachés au paiement en liquide. L’Italie, l’Irlande ainsi que plusieurs pays d’Europe de l’Est continuent également de privilégier les pièces et les billets pour les achats du quotidien.

Supprimer progressivement l’argent liquide du système reviendrait à rendre chaque transaction visible pour une autorité, qu’elle soit nationale ou étrangère. Cette perspective inquiète une partie de la population, attachée à une certaine forme de liberté et de discrétion dans la vie quotidienne.

Les personnes âgées, ou encore celles souffrant d’une déficience visuelle, dépendent souvent des paiements en espèces. Les ménages disposant de faibles revenus utilisent également volontiers le cash, car il permet de mieux contrôler un budget strict. De nombreuses personnes accordent aussi une confiance limitée au système bancaire et préfèrent conserver une part d’autonomie financière. À cela s’ajoute un attachement affectif et presque nostalgique à l’argent liquide, encore très présent dans plusieurs générations.

Il est cependant peu probable que la décision des citoyens suisses freine réellement le recul de l’usage des billets et des pièces dans la vie
quotidienne. Les habitudes changent rapidement, notamment chez les jeunes générations, largement tournées vers les paiements numériques.

Pourtant, les limites de ces technologies apparaissent parfois de manière très concrète.

L’autre jour, à la caisse d’un grand supermarché, la cliente devant moi a voulu payer avec son smartphone. Après plusieurs essais sans succès, elle a finalement dû utiliser sa carte bancaire. Rouge de confusion, elle a lancé à voix haute : « C’est la première fois que cela m’arrive. »

Il y a deux ans, dans un grand magasin d’électroménager, j’attendais à la caisse pour payer un aspirateur. Soudain, la panique s’est installée : impossible de faire fonctionner les cartes bancaires. Deux techniciens s’affairaient sur les ordinateurs des caisses, mais rien n’y faisait. Tout le système était bloqué.

J’ai alors posé une simple question : « Peut-on payer en liquide ? »

Le visage des caissiers s’est immédiatement détendu : « Oui, bien sûr, venez ici. »

Pendant que la plupart des clients reposaient leurs achats, je suis reparti avec mon aspirateur sous le bras.

Tant que les systèmes numériques resteront vulnérables aux pannes, l’argent liquide conservera une fonction essentielle. Il représente une forme de sécurité, de liberté et d’autonomie.

Cette réalité devrait peut-être faire réfléchir les générations qui utilisent leur téléphone pour tout, convaincues que cet appareil miracle peut résoudre chaque problème du quotidien.

Comme souvent, l’avenir passera probablement par un équilibre intelligent entre les nouvelles technologies et les moyens de paiement traditionnels.
V.vA.

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La valeur n’a pas d’âge… sauf dans nos entreprises”

Les vieux au placard ? On ne dit plus “vous êtes trop vieux”. On dit “ce poste n’est pas pour vous”. Le résultat, lui, ne change pas : exclusion silencieuse.

L’édatisme, ou ageism, n’est pas un phénomène nouveau. Mais il devient enfin visible. Et c’est peut-être là le vrai changement.

Il s’agit d’une discrimination fondée sur l’âge, qui vise principalement les personnes âgées. Pas toujours frontalement. Souvent insidieusement. Mais avec des effets bien réels : exclusion, invisibilisation, dévalorisation.

Le mot est popularisé en 1969 par le gérontologue Robert N. Butler. Depuis, les sociétés ont changé. Les discours aussi. Mais les réflexes, eux, restent tenaces.
On ne dit pas toujours “tu es trop vieux”. On dit plutôt : “ce n’est plus pour toi”, “tu ne seras pas à l’aise avec ça”, “on cherche quelqu’un de plus dynamique”. Le résultat est le même.

Et ce glissement est puissant.
L’édatisme prend plusieurs formes. Il est institutionnel, quand des règles ou des pratiques ferment des portes en fonction de l’âge. Il est social, quand le regard se fait condescendant. Il est aussi intérieur, quand les personnes finissent par croire qu’elles sont “hors jeu”.
C’est peut-être la forme la plus violente : celle qui s’installe dans la tête.
Les conséquences sont connues. Moins de travail. Moins de visibilité. Moins de reconnaissance. Et parfois, une santé mentale et physique qui s’érode simplement parce que la société vous renvoie l’idée que vous devenez inutile.
Dans une société qui vieillit, ce paradoxe devient explosif : on vit plus longtemps, mais on accepte encore trop souvent l’idée que la valeur décroît avec l’âge.

Le monde du travail : une transition lente mais réelle
Sur le marché de l’emploi, la réalité est brutale : après 50 ans, retrouver un poste reste difficile. Les chiffres ne mentent pas.
Mais quelque chose bouge.
Les entreprises commencent à comprendre qu’écarter l’expérience est une erreur stratégique. Lentement, la logique change : on ne parle plus seulement de fin de carrière, mais de continuité, de transmission, d’utilité.

Les seniors ne sont plus uniquement perçus comme des “coûts”. Ils deviennent,  parfois,  des ressources.

La transmission des compétences en est l’exemple le plus clair. Mentorat, tutorat, accompagnement des jeunes recrues : l’expérience devient un levier, pas un reliquat. Dans certaines équipes, les seniors jouent même un rôle de stabilisation, de recul, de régulation dans les périodes de tension.

Les méthodes de recrutement évoluent aussi. Certains dispositifs cherchent à neutraliser les biais liés à l’âge, en évaluant les compétences plutôt que le CV. D’autres favorisent l’embauche des profils expérimentés à travers de nouveaux contrats et des dispositifs plus souples.

Même la fin de carrière se transforme. Temps partiel choisi, retraite progressive, adaptation des postes : l’idée n’est plus de “sortir proprement”, mais de rester utile sans s’épuiser.

Enfin, la formation n’est plus réservée aux débuts de parcours. Elle redevient un droit continu. Un enjeu de survie professionnelle, aussi, face aux transformations technologiques.

Une question de regard
Je me souviens d’une équipe de vente où j’aurais pu être le père de chacun de mes collègues. Et pourtant, ils avaient compris quelque chose d’essentiel : mon expérience n’était pas un poids. C’était une matière première.
L’un d’eux me disait souvent, avec humour : ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire la grimace.


Mais tout n’a pas toujours cette légèreté.
Lors d’un entretien que je pensais prometteur, la réponse finale m’a surpris. Le responsable hésitait. Pas sur mes compétences. Mais sur autre chose : la peur que je “prenne sa place”.
Ce genre de raisonnement en dit long. Et pas seulement sur moi.

Et maintenant ?
Les choses évoluent, lentement mais sûrement.
Reste une question simple, presque dérangeante : combien de talents continuons-nous d’écarter non pas pour ce qu’ils ne savent pas faire… mais pour le nombre d’années qu’ils ont vécues ?

L’édatisme n’est pas un sujet marginal. C’est un miroir. Celui d’une société qui devra choisir entre deux logiques : trier ses âges… ou valoriser ses expériences. 
P.d N.