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L’ennui, ce qu’il peut nous apprendre

Nous avons appris à remplir chaque instant. Un écran, une notification, une distraction. Et si, à force de fuir le vide, nous avions aussi perdu quelque chose d’essentiel : la possibilité de laisser notre esprit vagabonder ?

Et si l’ennui n’était pas un vide… mais un espace que nous avons perdu ?

S’ennuyer n’a rien de séduisant. Selon le Larousse, c’est “éprouver de la lassitude, de l’ennui, s’embêter” : bref, tout ce que nous cherchons à éviter.

Et pourtant… quand avons-nous réellement le temps de nous ennuyer aujourd’hui ?

Nos équipements personnels nous suivent partout. Téléphones, tablettes, ordinateurs portables : leurs écrans éclairent nos pensées, nous sollicitent, nous orientent vers des divertissements ou des informations soigneusement sélectionnées. Peu à peu, la peur du vide nous pousse à choisir immédiatement une distraction. À peine un moment de vide apparaît-il qu’il est déjà comblé.

L’autre jour, mon voisin jardinait. Par politesse, je lui demande comment il va. Sa réponse m’a déstabilisé :
Je m’ennuie.
Cette phrase ouvre un vaste champ de réflexion. On peut être occupé et pourtant s’ennuyer, lorsque ce que l’on fait ne nous passionne pas ou est ressenti comme une obligation.

Je me souviens du visage d’un enfant, collé à la vitre d’un wagon de train. Il semblait ailleurs. Était-ce de l’ennui, ou simplement un esprit qui s’évade, laissant naître d’autres perspectives dans le silence de l’inaction ?

J’ai moi-même fait l’expérience d’un voyage en train, sans livre, sans connexion Internet. Pendant près de deux heures, mes yeux suivaient le paysage qui défilait sans que j’y prête réellement attention. Il n’exigeait rien de moi. Les pensées venaient et repartaient, légères, sans s’accrocher. Je n’avais rien à faire… et pourtant, tout se passait.

Mais aujourd’hui, ne rien faire est devenu inconfortable. Nous nous accordons de moins en moins d’espace mental : pas de rêverie, peu de recul, peu de temps “vide”. Comme si l’inaction était devenue coupable.
Qui nous a mis cela en tête ? Une vie professionnelle intense, donc supposément pleine de sens ?
Cela ouvre une question plus profonde : et si l’ennui n’était pas seulement ce vide que l’on redoute…mais aussi un espace discret où quelque chose peut émerger ?
Encore faut-il accepter, parfois, de ne rien faire.

Vraiment rien
N.G.

Société

L’eau n’allume pas l’incendie, mais parfois alimente les braises.

Voir aussi notre article de février : https://larticle.ch/7027/leau-or-bleu-du-xxi%e1%b5%89-siecle/

Transparente, banale, indispensable… l’eau semblait aller de soi. Pourtant, derrière chaque goutte se dessine une tension nouvelle : entre abondance et pénurie, entre bien commun et ressource convoitée. Et si l’eau devenait un sujet de conflit ?

Dans certaines régions du monde, une rivière ne se contente pas de traverser des paysages. Elle traverse aussi des lignes invisibles, faites d’histoire, de tensions et de dépendances.

Au sud d’un pays aux reliefs tourmentés, une eau surgit de la roche. Rien de spectaculaire. Un filet clair, puis un autre, presque discret, serpentant entre les pierres et les herbes.

À première vue, rien ne distingue ces sources d’une autre. Et pourtant, ici plus qu’ailleurs, l’eau ne se contente pas de couler. Elle relie, elle sépare, elle inquiète parfois. Car dès qu’un cours d’eau franchit une frontière, il cesse d’appartenir uniquement à la nature. Il devient un enjeu.

L’histoire regorge de ces fleuves partagés, où la géographie impose une cohabitation parfois fragile. Le Rhin, né dans les Alpes suisses, traverse ou borde plusieurs pays avant de rejoindre la mer du Nord. Longtemps voie commerciale et frontière naturelle, il illustre une réalité simple : ce qui coule en amont conditionne la vie en aval.
Mais tous les fleuves ne bénéficient pas de la même stabilité. Le Jourdain, chargé d’histoire et de symboles, concentre à lui seul des tensions politiques, territoriales et vitales. Ici, l’eau n’est pas seulement une ressource : elle est une question de survie.

Ailleurs encore, d’autres cours d’eau pourraient devenir des leviers de pression. Car contrôler l’eau, c’est pouvoir la retenir, la détourner, ou en limiter l’accès. Dans un monde où les ressources se raréfient, cette capacité devient stratégique.
Faut-il pour autant parler de « guerres de l’eau » ? Le terme est sans doute excessif. L’eau, en elle-même, ne déclenche pas les conflits. Mais elle peut en révéler les failles, en exacerber les tensions, ou en accélérer les crises.

Ainsi, plus qu’une cause, l’eau est souvent un révélateur. Un miroir des déséquilibres entre territoires, entre besoins et entre pouvoirs.

Et peut-être est-ce là sa véritable force ou sa menace.
V.vA.