
Je me souviens des chansons qui célébraient le printemps. C’est vrai, cette saison est un renouveau, pour beaucoup la fin des périodes de brouillard et de froid. Elle inspire aussi de nombreuses mélodies, comme la Fanfare du printemps de l’abbé Bovet, qui en donne parfaitement le ton.
L’être humain se réjouit en général de voir les jours s’allonger et la nature s’éveiller. Les arbres fleurissent, les couleurs réapparaissent. Pour certains, le printemps annonce la saison des champignons et leur cueillette. D’autres partent à la recherche des feuilles de dent-de-lion pour les savourer en salade ou en soupe.
Même les plus petits insectes se remettent à l’ouvrage, contribuant, parfois à leur insu, à la propagation rapide de certains virus végétaux, notamment sur les jeunes pousses. Tout se réveille, tout s’active.
Mais pour d’autres, c’est une autre paire de manches. Le printemps rime avec yeux rougis, nez qui coule et prise de médicaments pour endiguer ces désagréments. Que ce soit le rhume des foins ou une fatigue persistante, rien ne porte ces personnes à se réjouir pleinement du renouveau de la nature.
Et c’est peut-être là que réside toute l’ambiguïté du printemps. Derrière son image lumineuse et universellement célébrée, il ne suscite pas les mêmes élans chez chacun. Là où certains y voient une promesse, d’autres n’y trouvent qu’un déséquilibre passager.
Le printemps ne s’impose pas, il se vit différemment. Il réveille les envies autant qu’il met en lumière certaines fragilités. Il nous rappelle surtout que, comme la nature, nous avançons par cycles — parfois en fleurs, parfois encore en attente.
Peut-être est-ce cela, au fond, le véritable message de cette saison : accepter que le renouveau ne soit ni instantané, ni uniforme. Qu’il prenne son temps. Qu’il hésite. Qu’il tâtonne.
Car après tout, même les arbres ne bourgeonnent pas tous le même jour.
Et si le printemps n’était pas seulement une saison, mais aussi un état d’esprit ?
On parle souvent de renouveau comme d’une évidence. Comme si, à l’image de la nature, il suffisait d’un peu de lumière et de douceur pour que tout reparte. Mais chez l’être humain, les choses sont rarement aussi simples.
Certains ressentent cette énergie nouvelle, cette envie de faire, de sortir, de recommencer. D’autres, au contraire, restent en retrait, comme en décalage avec cette effervescence ambiante. Et il n’y a là rien d’anormal.
Le printemps nous confronte, parfois sans ménagement, à cette idée du changement. Il nous rappelle ce que nous pourrions être, ce que nous aimerions devenir… sans toujours nous en donner immédiatement la force.
Peut-être faut-il alors voir cette saison autrement. Non pas comme une injonction à renaître, mais comme une invitation. Une invitation à observer, à ressentir, à avancer à son propre rythme.
Car après tout, dans la nature, certaines graines mettent du temps à germer. Et cela ne les empêche pas, un jour, de fleurir.
Et si, cette année, nous nous accordions simplement le droit de fleurir… chacun à notre manière, à notre rythme ?
P.dN.
