Eclairage

Quelle vie après le sport ?

Dans le cadre des festivités du millénaire de Neuchâtel, les organisateurs ont mis sur pied une conférence sur la reconversion des sportifs de haut niveau. L’Aula des Jeunes Rives  avait fait le plein pour écouter un plateau à fière allure avec les présences de cinq sportifs suisses de renom : Laurence Rochat (ski nordique), Florent Troillet (ski alpinisme), Alexandre Rey (football), Richard Chassot (cyclisme) et Laurent Dufaux (cyclisme). Ces « jeunes » retraités étaient accompagnés pour l’occasion par le « sage » Bertrand Duboux, ex-journaliste à la TSR, venu apporter son expérience et son éclairage sur la situation de ces sportifs à l’aube d’une carrière nouvelle. Le débat était mené par le journaliste Christian Rappaz qui a su délier les langues des six invités
à coup de touches d’humour et de chauvinisme bien valaisan. Tour de table.

« Un sportif qui s’arrête, c’est comme un homme qui perd sa famille, sa maison ». C’est sur cette affirmation que Christian Rappaz a lancé le débat. Même si l’analogie se veut un brin provocatrice, elle reflète bien le bouleversement que subit le sportif qui décide de raccrocher. « On perd des
points de repères, c’est certain », confirme Laurent Dufaux. « A la base, le sport est une passion, mais on doit sacrifier énormément de choses comme la famille ou les hobbys. Durant notre carrière sportive, on est assisté, alors lorsque l’on renoue avec un train de vie normal, on remarque qu’il y a passablement de changements. Dans un premier temps, ce n’est pas facile… Si on a le temps de se préparer, la transition se fait mieux ».

Le cycliste vaudois lance ainsi la première piste pour gérer au mieux la transition entre carrière sportive et carrière professionnelle. Comme lui, la plupart des sportifs du plateau s’y étaient soigneusement préparés. Laurence Rochat assure qu’à 20 ans, elle pensait déjà à sa reconversion. Prévenante, elle travaillait parallèlement à sa carrière sportive pour le groupe horloger Audemars Piguet. Pour Alexandre Rey, c’est la grave blessure de son frère qui l’a poussé à préparer son avenir : «  A 25 ans, il s’est retrouvé sans papiers, sans rien. Ca a agi comme un électrochoc sur moi. » Aujourd’hui l’ex-international suisse entame une prometteuse carrière de marketing. A l’heure où Neuchâtel Xamax est sur le point de passer en mains tchétchènes, son
nom circule pour reprendre la présidence du club en tant que président délégué.
Même si ces exemples dénotent l’attention que portent ces sportifs à leur avenir, le danger de se retrouver sur le carreau demeure important. Selon Bertrand Duboux, les sportifs ne sont pas suffisamment préparés pour la reconversion : « Beaucoup n’y accordent pas assez d’importance. Dans la haute compétition, les sportifs sont dans leur bulle. Il leur est difficile d’imaginer qu’il y a une autre vie après. Il ne faut pas tout sacrifier à la performance, il est important de garder un certain bagage intellectuel pour se recycler.»

De nombreux athlètes ont effectivement de la peine à planifier leur futur en parallèle à leur carrière sportive. Devraient-ils être mieux encadrés ? C’est l’avis de Richard Chassot : « Les agents de coureurs n’assument pas complètement leur rôle. Le premier enseignement qu’il faut donner à son protégé est l’autonomie. Il est important de mettre en valeur tout ce que le sportif
planifie durant sa carrière. Le fait d’avoir un métier, une famille ou des amis qui le soutiennent après la retraite, aide également beaucoup. Dans la haute compétition, on pense surtout à soi-même, tandis qu’après, on doit plus penser aux autres, ce qui pose un problème à de nombreux athlètes. »

Champion du monde de ski alpinisme en 2010, Florent Troillet a décidé de prendre sa retraite alors qu’il était au top de sa forme. Le Valaisan de 29 ans explique ce choix qui en a surpris plus d’un : « J’ai travaillé dur pour obtenir ces résultats. Devenir champion du monde était un rêve depuis tout petit. Depuis, j’ai eu de la peine à trouver d’autres objectifs. J’avais le  sentiment
que la boucle était bouclée. Toutefois, le sport est une passion et je continuerai de le pratiquer. » Le double vainqueur de la Patrouille des glaciers suit à présent une formation dans le social.
Laurence Rochat avait, quant à elle, fixé une date limite pour sa retraite (après les JO de Vancouver). La fondeuse vaudoise explique que son expérience de compétitrice l’aidera dans sa
nouvelle vie professionnelle : « Le ski de fond m’a tout appris : l’échec, le succès et mes limites. J’ai appris à me battre. Le sport est une belle école de vie. Désormais, il en faudra beaucoup pour me décourager. » Une fois la reconversion assurée, les sportifs doivent encore faire face à un ultime obstacle : le manque d’émotions et d’adrénaline que la haute compétition leur a fourni durant des années ; ces émotions fortes auxquelles le corps s’est habitué et a pris goût, jusqu’à créer une certaine addiction qui ne se fait ressentir qu’une fois la page « compétition » tournée. « Depuis que j’ai raccroché les crampons, je n’ai jamais retrouvé l’adrénaline que me procurait un but marqué. C’est quelque chose qui me manque et que je n’avais pas prévu ; quelque chose
qui reste ancré en nous et qu’on ne retrouvera plus jamais », déclare Alex Rey, fataliste. Un avis que partage Laurent Dufaux : « La victoire procure une émotion, une euphorie difficilement explicable. Dans la vie de tous les jours, je n’ai plus retrouvé cet état émotionnel mis a part lors de la naissance de mes enfants. »

Certains athlètes prétendent pourtant retrouver des émotions sensiblement similaires dans leur nouveau métier. C’est dorénavant le cas de Richard Chassot qui affirme que ses nouvelles occupations, telles que la préparation du Tour de Romandie, lui procurent de belles émotions. Toutefois, on sent bien que chez chacun des invités, la haute-compétition a laissé un trou béant, une cicatrice nostalgique qu’il faudra apprendre à soigner avec le temps. Reconstruire une vie
après le sport, tel est l’ultime défi du sportif de haute-compétition.
Raphaël Crettol

Eclairage

Les assurances en Suisse : où la qualité n’a pas de prix

Diversités d’un système d’assurances unique.
La Suisse regorge actuellement d’un nombre impressionnant d’assurances en tous genres, de l’assurance maladie à l’assurance ménage, en passant par l’assurance responsabilité civile. Le choix est vaste lorsque l’on veut s’assurer, cependant, on ne peut échapper à certaines assurances obligatoires.

Les assurances touchant au monde professionnel

L’assurance vieillesse(AVS) garanti le minimum vital sous forme de rentes, en cas de perte de revenus lié à la vieillesse (rente vieillesse) ou en cas de décès (rente aux survivants du défunt). Les cotisations à l’assurance vieillesse, qui sont obligatoires pour toutes les  personnes actives en Suisse, financent les rentes AVS. C’est ce qu’on appelle le principe de solidarité entre les générations.  Le montant des rentes dépendent du niveau des anciens revenus de l’assuré ainsi que de la durée de la cotisation. L’assurance invalidité(AI) répond quant à elle au besoin financier de personnes ne parvenant pas à se réadapter et se réinsérer professionnellement. Lorsque, pour cause de maladie, d’accident ou encore d’infirmité congénitales, la réinsertion professionnelle n’est pas possible, l’AI verse une rente aux personnes concernées. Bien qu’elle ne touche qu’une
partie de la population, l’assurance invalidité est obligatoire, son financement reposant également sur un principe de solidarité. Répondant aux personnes se retrouvant sans emploi, l’assurance chômage(AC) demeure obligatoire pour toute personne exerçant une activité lucrative dépendante. Les cotisations sont à moitié payées par l’employeur, l’autre moitié revenant à la charge de l’employé.
Les indépendants ne peuvent s’assurer. Pour pouvoir prétendre aux prestations de l’assurance, il faut avoir cotisé durant une certaine période. Finalement, l’assurance chômage est basée sur la solidarité, comme le sont l’AVS et l’AI.
Enfin, dans le domaine des assurances, on retrouve également la prévoyance professionnelle(PP). En complément à l’AVS, elle permet aux personnes âgées, aux survivants ainsi qu’aux invalides de conserver un niveau de vie comparable à celui qu’ils avaient auparavant. Les cotisations à l’assurance sont rendues obligatoires à partir d’un certain revenu résultant d’une activité
professionnelle dépendante. Leurs coûts sont partagés et supportés par l’employeur et l’employé.

L’assurance de base et les caisses maladie
Basée sur la loi fédérale de l’assurance maladie(LAMAL), l’assurance de base est obligatoire et couvre les risques de maladie et d’accidents. Ce qui se traduit par la prise en charge financière des prestations de soin fournies dans le canton de l’assuré. Le système de cette assurance repose sur les principes de franchises, de quote-part et de primes. Le montant des  premières  dépenses
médicales est à la charge des assurés. C’est ce qu’on nomme la franchise. Les assurés paient leur franchise une fois par année. De plus, ils ont le choix de franchises à options, qui leur permet de bénéficier de réductions, notamment sur la quote-part. Lorsque le montant des frais médicaux dépasse celui de la franchise, il est pris en charge par l’assuré à hauteur de 10%(quote-part) et par sa caisse maladie  à hauteur de 90%. La quote-part de l’assuré ne peut dépasser 700.- par année. Afin d’assurer diverses prestations de soins, les caisses maladies facturent leurs produits d’assurances sous forme de primes. L’assuré paie ainsi des primes mensuelles variant selon le type de prestations choisies. En Suisse, il existe actuellement un peu plus de 90 caisses maladie.
Chacune à l’obligation d’accepter sans réserves tout nouvel assuré lui en faisant la demande.

Débat autour de la caisse maladie unique
L’initiative « Pour une caisse unique et sociale » lancée par le mouvement populaire des familles romand a été rejetée en votation populaire en mars 2007. Elle prévoyait la création d’une caisse maladie unique pour tous les assurés du pays. Selon ses initiateurs, la caisse unique aurait permis de réaliser des économies, notamment au niveau administratif. De plus, les primes auraient été reconsidérées en fonction des capacités économiques de l’assuré. Des prestations de qualité auraient ainsi pu être fournies à tous les assurés. A l’opposé, Santésuisse défendait la diversité des caisses maladie en Suisse, affirmant que la caisse unique ne réduirait pas les coûts liés aux
assurances, au contraire, elle les  augmenterait.  Une baisse de qualité dans les prestations était également à craindre si le principe de concurrence entre les caisses maladie était supprimé.
M.Ch