Théâtre

« Doute » : les méandres de l’incertitude

La Compagnie du Passage de Neuchâtel s’est approprié « Doute », du 19 au 25 mars 2013, une pièce de John Patrick Shanley, portée avec succès au cinéma. Deux nonnes et un curé emportés dans les méandres de la rumeur, en 1964, période de puberté pour le monde entier et pour l’auteur. Spectacle vivement déconseillé aux amateurs/-trices de certitudes…

« Doute » est créé au festival off d’Avignon 2012 et mis en scène par Robert Bouvier, comédien et directeur du théâtre du Passage. Lieu de rencontre entre le questionnement et la certitude, là où la foi semble inébranlable. Cette pièce confronte le spectateur à ce sentiment inconfortable où, à la fin de l’histoire, la réponse n’est pas donnée.

Le doute…

Comme le nom de la pièce l’indique, la thématique principale de ce spectacle est la suspicion. Le doute effraie, intrigue, désespère. Voilà tout l’intérêt d’en parler. Dans la préface de la pièce, l’auteur, John Patrick Shanley, décrit le doute comme « un moment inconfortable où la foi commence à faiblir, mais où l’hypocrisie ne s’est pas encore installée, où la conscience est dérangée mais pas encore altérée. C’est l’expérience de la vie la plus dangereuse. La plus importante et la plus actuelle. Le début du changement est le moment du doute. »

L’espace et le temps s’entremêlent tout au long de la pièce. « On ne sait plus. » C’est perturbant de ne pas savoir. L’atmosphère est celle d’une église dans la pénombre où la lumière peine à mettre à nu chaque recoin. Les « je ne sais pas » raisonnent en écho d’un mur à l’autre. C’est le doute.

Une expérience actuelle

La société d’aujourd’hui, et c’est peu dire, éprouve pour l’incertitude un dégoût profond. Il faut cependant remarquer que sans elle, il n’y aurait pas de progrès. La remise en question permet d’avancer. D’après Olivier Celik, dans L’avant-scène théâtre, la société préfère la fuite à l’affrontement, la réponse à la question. « Elle [la société] en a peut-être perdu le goût [du doute] ou même oublié le sens. »

Douter, c’est pour les faibles. Douter est déconcertant. Douter demande du courage. En effet, la certitude est un lieu de repos où la conscience suit son cours calme et paisible. Tout devient plus confortable, contrairement à l’incertitude qui effraie car la maîtrise n’est plus totale. Tout est remis en question.

Il y a des personnes, cependant, qui jamais ne doutent. Elles savent qu’elles ont raison et cela leur suffit. Force ou faiblesse ? C’est le cas de Sœur Aloysius, figure principale de la pièce, interprétée par Josiane Stoléru. Cette dernière soupçonne le père Flynn (Robert Bouvier) de faire des avances au nouvel élève noir du pensionnat religieux, Donald Muller. Ce n’est là qu’une impression car les preuves lui manquent. Est-ce qu’une simple impression, un jugement hâtif justifie suffisamment un ragot ?

La conséquence des commérages

Le ragot, un grand ami du doute, l’un de ses ouvriers peut-être. Il s’éparpille au vent telles les plumes d’un oreiller éventré. Cette histoire d’oreiller est l’un des sermons du père Flynn subtilement adressé à Sœur Aloysius. Le ragot, c’est moche et impossible à rattraper.

D’ailleurs, « vous autres, lecteurs, il est certain que jamais un seul ragot n’est sorti de votre bouche », s’exclamerait le père Flynn dans ce sermon. Mais sachez que le ragot est mal car il fait peser le doute. Le vent le berce et le transforme ; porter un faux témoignage sur son prochain revient à jouer avec sa réputation. Le ragot est honteux.

Le message de l’auteur

L’auteur de la pièce, John Patrick Shanley, n’espère pas que les spectateurs ressortent empreints de doute ni absolument certains de ce qu’ils ont vu. Il tient plus particulièrement à ce qu’ils étudient précisément le sentiment d’incertitude. Selon lui, il ne faut pas vivre contre mais avec le doute : « ça, c’est le silence sous le bavardage de notre époque ».

Quelques extraits vidéos ici.

C.

 

Édito

Politique de la peur, rien de nouveau sous le soleil

Depuis la nuit des temps les dirigeants politiques, religieux, sorciers et autres ont rapidement compris qu’entretenir un sentiment de crainte chez les personnes, soit-disant non initiées, permettait de prendre le contrôle de leurs vies.

Les Incas, ont été élevés dans la peur des dieux, notamment du roi soleil qui lors d’éclipses punissait le peuple. Par chance les prêtes et leurs prières réjouissaient le dieu qui daignait revenir pour réchauffer le cœur du peuple. ?Au moyen âge, la croyance au diable et à l’enfer était article de foi, vérité indiscutée ; elle appartenait à ce qu’on peut appeler le quotidien de la vie morale. Ce sentiment d’une présence monstrueuse a imposé et vivifié de sensations négatives physiques autant que psychologiques.

Bien que les Incas et le Moyen âge peuvent aujourd’hui prêter à sourire, n’avons nous pas nos démons modernes ?

Sans intention particulière, l’être humain joue à se faire peur. Pour rappel la vache folle, une crise sanitaire, puis socio-économique caractérisée par l’effondrement de la consommation de viande bovine dans les années 90. Les autorités relayées par la presse amplifient d’une façon exagérée des cas locaux et provoquent un sentiment de panique et de réactions démesurées. Une fois cet événement surmonté des poussées de SIDA attisent nos peurs. Dès les années 80 et au début des années 90 des campagnes d’informations terrifiantes étaient diffusée créant la panique sans pouvoir apporter de solutions concrètes. Alors la politique de la peur, dans toute sa splendeur excessive, ses dérives, ses manipulations et ses effets pervers pouvait s’étaler dans nos médias.

Récemment les voisins d’Amérique du nord ont trouvé la combine pour semer la panique mondiale. Avec leurs agences de quotation, ils essaient à tout prix d’affaiblir la capacité économique des pays qui ne sont pas sous l’emprise du dollar.  ?Pour leur part nos dirigeants ne restent pas en arrière et nous font croire que le dieu argent est le plus important dans nos vies. Les crises économiques, la pénurie du pétrole et le manque pécunier deviennent ainsi les peurs du siècle. ?La politique de la peur a toujours été un levier efficace pour obtenir le pouvoir et le garder. Elle utilise un discours alarmiste afin de justifier ainsi l’adoption de mesures disproportionnées, dont le résultat serait le contrôle des populations que ces mesures étaient censées protéger.?Le peuple doit se réinventer ses propres valeurs afin de contre carrer les projets centralisateurs mondiaux.

V.vA