Ski

Échos grisons des finales de la Coupe du Monde

 

Du 11 au 17 mars, la paisible station de Lenzerheide nichée dans les montagnes grisonnes s’est muée en capitale du ski alpin, fourmillante d’activité et d’animation à l’occasion des finales de la Coupe du Monde. Les meilleurs skieurs et skieuses de la planète se sont mesurés dans les quatre disciplines (descente, Super-G, géant et slalom). Même si le programme s’est retrouvé amputé d’une partie de ses courses à cause de la météo, Larticle.ch a dégotté cinq temps forts de cette semaine qui clôturait la saison de ski alpin.

Le temps… faible

Dame Météo ne figure décidément pas parmi les fidèles sponsors de l’évènement dans la station grisonne. Il y a deux ans à Lenzerheide déjà, les Super-G homme et femme ainsi que le Géant homme des finales avaient dû être annulés à cause du brouillard. En cette semaine pré-printanière, le brouillard a encore une fois dispersé ses embarrassantes nappes brumeuses le long de la piste «Silvano Beltrametti». Ce coup du sort a contraint les organisateurs à annuler les descentes et Super-G homme et femme après une avalanche interminable de reports. Chez les skieurs, on a pris ces annulations avec philosophies. «On pratique notre sport en montagne, on sait qu’on ne peut pas contrôler le temps. Vous, les journalistes, vous vous tracassez plus du temps que nous, les skieurs. Pour nous, c’est normal, on a grandi avec cette incertitude», a commenté Aksel Lund Svindal, pourtant la grande victime de l’impitoyable Météo (voire ci-dessous).

Duel au sommet avorté

La lutte pour le grand globe du classement général messieurs promettait un final en apothéose entre deux skieurs qui ont régné en maître dans leurs disciplines de prédilection. D’un côté Aksel Lund Svindal (30 ans), grand dominateur des épreuves de vitesse (descente et Super-G). De l’autre, Marcel Hirscher (24 ans) qui a écrasé la concurrence en slalom. Deux skieurs que tout oppose. La stabilité et l’assurance du Norvégien face à l’explosivité et la vitesse de pied de l’Autrichien. L’expérience face à la fougue. Le physique de déménageur du Scandinave (1.95m, 95 kg) opposé au gabarit presque fluet du Salzbourgeois (1.73m, 73kg) qui rend 22 centimètres et 22 kilos au molosse norvégien. Au coude à coude avant ces finales, le duel promettait beaucoup… Il a accouché d’une souris. La faute à une météo capricieuse qui a rayé les disciplines de vitesse de la carte.  L’annulation de la descente et du Super-G a mis fin aux espoirs de victoires au général de Svindal. «On dit souvent qu’il faut s’aligner au minimum dans trois disciplines pour gagner le général, mais Hirscher a marqué tant de points en slalom et en géant qu’il mérite entièrement son titre», a malgré tout applaudi le Norvégien, beau joueur. En fin de semaine, les résultats d’Hirscher (2e du géant, 2e du slalom) ont certainement quelque peu atténué les regrets de Svindal.

Maze slalome entre records, malchance, victoire et déceptions

On attendait monts et merveilles de la grande dominatrice de la saison lors de ces finales. Assurée de remporter le classement général depuis belle lurette, Tina Maze avait l’occasion de rafler la totalité des globes, un exploit inédit dans l’histoire de la Coupe du Monde. Son opération razzia  a tourné au cauchemar. Suite à l’annulation de la descente, la Slovène de 29 ans a manqué le globe de la spécialité pour un misérable petit point, alors qu’il lui aurait suffi de franchir la ligne d’arrivée pour terminer en tête du classement. Le globe de descente revient donc à Lindsey Vonn, toute heureuse de recevoir ce trophée alors qu’elle s’était déchiré les ligaments du genou début février. «Peu importe de gagner ou de perdre, le plus difficile aujourd’hui, c’était de ne rien pouvoir faire et d’attendre au sommet de la piste», a confié Tina Maze en conférence de presse. Samedi, c’est le globe de slalom qui lui a filé sous le nez après une deuxième manche curieusement ratée (voir ci-dessous). Le lendemain, elle a réagi en véritable championne en triomphant du redoutable géant final sur une piste piégeuse. «J’avais gagné la première course de la saison. Aujourd’hui, je gagne la dernière. C’est la plus belle façon de terminer la saison», s’est réjouie la charmante slovène, sourire aux lèvres. Ce succès en géant couronne une saison de tous les superlatifs qui l’a vu survoler la concurrence. Avec 2413 points au général, elle est la première skieuse à dépasser (et de quelle manière!)les 2000 points.  Maze repart donc de Lenzerheide avec trois globes dans ses valises… et la fugace arrière-pensée qu’elles auraient pu peser plus lourd.

Du rire aux larmes pour quelques centièmes de seconde

La scène est saisissante dans l’aire d’arrivée de Lenzerheide. Au premier plan, Mikaela Schiffrin est agenouillée dans la neige, en pleurs, submergée par l’émotion. Elle vient de remporter le premier globe de sa jeune et prometteuse carrière. Un peu plus loin, appuyée contre une barrière publicitaire, Tina Maze est elle aussi secouée de sanglots. C’est sa façon d’évacuer toute la pression et la déception qui l’habitent. Le dénouement du dernier slalom de l’hiver a livré son lot d’émotions et de rebondissements. Après la première manche, on pensait que Tina Maze avait fait le plus dur en reléguant sa rivale pour le classement final de la spécialité à plus d’une seconde. Mais l’intrépide Shiffrin n’avait pas dit son dernier mot. «Au moment de m’élancer pour ma deuxième manche, je flippais complètement», a admis la jeune américaine qui a fêté ses 18 ans dans le courant de la semaine. Le prodige de Colorado a réussi une deuxième manche de feu, mettant ainsi la pression sur Maze obligée de la devancer pour remporter le globe.  L’avance de la Slovène a fondu comme neige au soleil à mesure que le chrono s’égrenait. Elle a finalement coupé la ligne d’arrivée avec 35 centièmes de retard. Difficile de dire si c’est Shiffrin qui a gagné la course ou Maze qui l’a perdue. Quoi qu’il en soit, ce slalom féminin aura été la course la plus passionnante de la semaine. Elle a couronné une skieuse qui sera assurément une des futurs stars du cirque blanc ces prochaines années.

Gut et Holdener sauvent les garçons

Et les Suisses dans tout ça ? A vrai dire, l’évènement le plus attendu de la semaine côté helvétique était la conférence de presse du samedi qui devait déboucher sur la redistribution de certains postes clés dans l’organigramme de Swiss Ski. Derrière leur bureau, les dirigeants suisse n’ont pas fait mieux que leurs protégés sur la piste. «Il y a eu beaucoup de discussions, mais nous avons besoin d’encore un peu de temps pour décider», a annoncé Urs Lehmann, président de Swiss Ski, à propos du fameux poste d’entraîneur en chef des hommes. Il faut dire que la saison des Helvètes s’est apparentée à un véritable fiasco, du moins chez les hommes. Les femmes ont quelque peu sauvé les apparences, notamment grâce à deux jeunes skieuses qui se sont distinguées sur la piste «Silvano Beltrametti». La première est déjà largement connue du grand public. A Lenzerheide, Lara Gut s’est illustrée grâce à une belle 3e place en géant. «Cette année j’ai franchi un pallier. Je suis plus complète que l’année passée» a affirmé la Tessinoise de 21 ans.  La deuxième s’est révélée cette saison en slalom. A 19 ans, Wendy Holdener a confirmé son talent en s’emparant d’une prometteuse 5e place lors du slalom de samedi. «Mon but est toujours de prendre un maximum de plaisir quand je skie, et ça paye», s’est exclamée la pétillante Schwytzoise après sa course. Les deux pépites ont été les seules éclaircies d’une sombre saison pour le ski suisse. Compte tenu de leur marge de progression, ces éclaircies devraient rapidement permettre d’éclipser les mauvais résultats de cette année et redonner des couleurs au ski alpin helvétique.

R.C.

Photoreportage

Un weekend au cœur des Neuchâtel Knights

Une nuit sans brouillard dans la vieille principauté neuchâteloise, un car attend joueurs, staffs et accompagnants non loin du terrain où les Neuchâtel Knights font parler la poudre tout au long de la saison. À l’intérieur, un match fait déjà rage, opposant voyageurs motivés à d’autres pour qui la nuit ne semble pas terminée. Après quelques présentations et informations, le véhicule démarre en direction de la France pour un week-end sportif, mais aussi ludique.

Les heures de route défilent, le car s’arrête et le bataillon des Knights en rang serré dévalise une boulangerie plus rapidement que trois cowboys de l’Ouest n’auraient pu le faire pour la banque d’El Paso. Nos passionnés de football américain reprennent la direction de la capitale française. Dans le bus, l’agitation règne. On parle tactique, on explique le playbook[i] au jeune quarterback[ii] de l’équipe qui aura semble-t-il une pression assez importante sur ses épaules. Pourtant, quand on lui pose la question sa réponse est claire. «Je joue au Knights depuis cinq ans, je me suis habitué au stress d’avant match et maintenant j’aime avoir ce stress.», avoue le jeune joueur Henrik Setterdahl. Après un voyage interminable et passablement de retard sur l’horaire, le groupe arrive enfin dans le stade de Montargis préparé pour l’occasion, ce qui semble motiver l’ensemble de l’effectif. Une fois les affaires déposées dans le foyer où le collectif réside pour le week-end, retour au terrain pour un repas léger et diététique 1 h 30 avant le début de la rencontre. Les hot-dogs, sandwich, cupcakes et les différents sodas ingurgités, les joueurs se concentrent gentiment pour répondre aux attentes de leur entraineur. «C’est une activité extraordinaire, on est là pour s’amuser, mais sur le terrain je serai super dur et super strict. Il faut se donner à 110 % pendant le match, on a tous l’envie de gagner, c’est l’attitude qui compte, ensuite on pourra se relâcher.» Souligne Marco Rodriguez, entraineur des Neuchâtel Knights.

À l’intérieur des vestiaires c’est l’effervescence, tout le monde se bat pour avoir sa taille de short et de maillot ainsi que son numéro fétiche. Les esprits s’échauffent dans la bonne humeur et la distribution se fait dans une ambiance qui rappelle la criée des ports de pêche de la méditerranée. Une heure plus tard, changement de décor, les Knights sont menés 7 à 0 par les Dogs de Montargis sous une pluie battante, les chevaliers Neuchâtelois semblent être dans l’orage et peinent à avancer. La météo s’améliore et les Neuchâtelois aussi, l’équipe semble plus efficace et ne faire plus qu’un. Tout le monde porte un seul et même maillot qui n’a à ce moment-là plus qu’une seule taille et un unique numéro. Après être revenus à 7-6, les combattants helvétiques continuent leur domination et prennent l’avantage 7-12 à quelques minutes du terme de la rencontre. Ils sont mis sous pressions par l’équipe adverse, mais après un ultime effort et une stratégie efficace, les Knights remportent le match.

Au-delà de la victoire, il faut relever le fair-play et le respect présent tout au long de la rencontre et dans le football américain dans son ensemble. C’est un sport rude, où les blessures et les chocs violents ne sont pas rares, plusieurs joueurs tricolores en ont d’ailleurs fait les frais. Pourtant, chaque fois qu’un joueur se retrouve à terre, blessé ou sonné par un contact, l’ensemble des deux équipes, entraineurs et remplaçant compris, mettent un genou à terre, et ce, jusqu’à ce que la personne se relève ou que le joueur soit pris en charge sur le bord du terrain. «On essaye de mettre notre sport en avant et ça passe évidemment par le fair-play. Faire mal à l’adversaire, mais ensuite le relever» explique Hervé Weissbaum, président des Neuchâtel Knights. La fin du match reflète d’ailleurs parfaitement ce respect, les joueurs sont restés sur le terrain pour des photos et des accolades souvenirs.

Après le match, les festivités ont commencé avec évidemment la remise des prix et la nomination des meilleurs joueurs des Knights: Jonas Delley pour l’attaque et Kevin Monama pour la défense. La partie sportive a ensuite laissé place aux côtés ludiques du déplacement à Montargis. Des grillades ont été organisées aux abords du stade, puis un déplacement au bowling de la région et pour finir une sortie dans l’unique boîte de la ville pour les plus téméraires. Tout cela dans la bonne humeur et une légère fatigue due probablement aux heures de trajet, à l’effort physique et peut-être quelque peu aux différentes collations qui ont suivi la victoire.

Une rentrée sans encombre le lendemain a clos ce week-end qui a permis de renforcer la cohésion du groupe et qui a donné la possibilité aux jeunes et aux moins jeunes d’emmagasiner de l’expérience pour continuer à pratiquer ce sport passionnant, physique et respectueux qu’est le football américain.

MiRo

Photos : Romain Michaud

Pour plus d’information sur le club des Knights de Neuchâtel:

https://larticle.ch/index.php/component/content/article/126-sort-football-americain/812-les-neuchatel-knights-sept-years-et-beaucoup-de-yards

 


[i] Il s’agit d’un livre de jeu qui renferme toutes les techniques mises en place par l’équipe. Une sorte de bible stratégique que les joueurs et surtout le quarterback doivent connaître sur le bout des doigts.

[ii] Il est le leader de l’attaque, il met en place les stratégies et délivre les passes.