Voyage

Le grand Sud

En quittant Buenos Aires, dans la nuit du 3 mai, je retrouve l’excitation du voyage, une très grande fébrilité, exacerbée par la nouvelle étape de mon voyage : Ushuaia, la ville la plus australe et de surcroît capitale de la «Terre de Feu ». Un temps exécrable m’attend, la pluie, le froid, aucun repère à disposition pour trouver une auberge. Il me faudra attendre le lendemain matin pour essayer de découvrir cette ville, construite sur la précordillère des Andes, pour accueillir les familles des bagnards. En effet, tout comme les français en Guyanne, on a construit ici une prison, au bout du monde, rejetant ainsi les parias de la société dans une région bien inhospitalière. Comme on n’est pas bagnard de père en fils, la société s’est développée notamment grâce à l’école navale militaire et plus tard l’industrie d’appareils électroménagers –hors taxe-, la pêche. Aujourd’hui le tourisme prend gentiment l’ascendant sur les autres activités. Cette nouvelle industrie n’est pas trop institutionnalisée, donc chacun offre des tours en bateau. C’est rigolo, tu vas au port et tu négocies ton excursion.

En me promenant dans la ville construite toute en pente, je découvre les maisons (des cabanes en brique) très colorées rompant avec la monotonie d’un paysage austère. Ici les gent ne payent pas le terrain et peuvent construire où ils veulent.
Dans l’auberge j’ai fait la connaissance d’un argentin du nord qui cherchait du travail. Après avoir sympathisé, il m’invite à le visiter dans sa province Santiago de Estero. Après cinq jour je reprends le bus et 2000 km plus au Nord, je trouve une fille grecque puis un hollandais qui parlent aussi mal l’espagnol que moi. En arrivant à Rio Grande je me suis rendu compte que j’avais loupé le bon bus, mais la contrôleuse du coin se souvient qu’hier une personne manquait à l’appel et voyant mon désarroi, elle fait tout pour que je puisse continuer ma route. Quelle route, 13h de bus sur des pistes en terre battue, passage par une enclave chilienne et traversée en bateau par le détroit de Magallanes. Une première étape avait été prévue à Calafate toutefois le peu d’intérêt que présente cette ville me décide à poursuivre immédiatement le périple qui doit me conduire au mythique glacier Perito Moreno. Le chemin traverse une région plutôt désertique seuls les troupeaux de moutons offrent de la vie au milieu des pipelines et plantes desséchées. Si ce n’est la grandeur majestueuse du paysage, le tableau est un peu désolant. Mais le spectacle grandiose qui m’attendait en valait la peine. À l’approche du glacier notre chauffeur de bus prend des chemins inhabituels, ce qui me permet de commencer un vrai reportage photographique. Une fois encore, les distances me jouent des tours, car depuis la première photo du glacier jusqu’à mon arrivée à ses pieds, il faudra bien plus que deux heures de route. Toutefois rien ne me fait regretter une quelconque photo, chacune montrant le glacier dans un paysage différent. De plus, de tout petit et pouvant être mis entièrement sur une photo, le Perito Moreno devient de plus en plus imposant pour devenir écrasant, monstrueux,  gigantesque à me couper le souffle. C’est en fait un glacier d’eau douce situé, dans le parc national des glaciers au pied de la précordillère. L’on me dit que c’est la plus grande réserve d’eau douce du monde. De plus c’est le seul glacier qui croît encore, soit 4 centimètres par an. Chaque cinq ans le Perito Moreno offre un spectacle énorme lorsqu’il rejette dans l’eau du lac des parois entières de ses entrailles. Des blocs d’une hauteur de 50 mètres s’écrasent alors dans un bruit de tonnerre, formant des vagues ressemblant à un véritable raz de marée. Mais ce n’est pas pour aujourd’hui…La chance est tout de même au rendez-vous, j’assiste incrédule à la chute d’une paroi mineure du glacier, accompagnée d’un vacarme qui me fait battre le cœur plus vite. Une pensée me traverse l’esprit : même si le voyage devait s’arrêter là, je serais comblé. Mais ça continue. Mon itinéraire me porte d’ouest en est vers la côte atlantique, plus précisément à Puerto Madryn. C’est ici, pendant la saison froide, que les baleines et autres grands cétacés viennent frayer et se reproduire dans les eaux plus tempérées de la baie. Le tour en bateau de la péninsule de Valdez permet d’approcher, à moins de vingt mètres, ces monstres marins. Quel spectacle ! Sur la côte les éléphants et lions de mer se prélassent sur les magnifiques plages désertées, en cette période, par les touristes. Après l’océan, les montagnes sur le flanc desquelles je découvre à Esquel le plus ancien des chemins de fer à vapeur du sud de l’Argentine, «La Trochita», à voie étroite. Cette relique a été remise en fonction spécialement pour les touristes qui doivent supporter le confort spartiate des bancs en bois et du chauffage par poêle de type Salamandre. Je me crois revenu au temps des pionniers.
Maintenant « La petite Suisse » : Bariloche, les chalets avec leurs petites croix blanches, les montagnes, la fondue, la région pleine de lacs, ceci ne m’a pas frappé sauf que les chalets sont tous neufs et brillants pour demeurer dans l’ambiance helvétique. Bon ce n’est pas ce qui m’attire le plus !
A suivre…

Viviana von AllmenGlacial Perito MorenoLa Trochita

Analyse

Noël et Nouvel An, deux pour le prix d’un

Pendant que certains se ruent dans les grandes surfaces à la recherche du cadeaux ultime, d’autres laissent passer l’orage. La plus importante célébration religieuse chrétienne ne serait-elle plus qu’un d’alibi à la folie acheteuse? Quand le business prime sur la tradition.


Julien Grindat
«Approchez Mesdames et Messieurs ! profitez de notre action Noël et Nouvel An, deux pour le prix d’un !» dixit un commerçant du Marché de Noël à Bienne. «Choquant ? non, les temps changent, les gens aussi.  On évolue avec notre temps.» constate un vendeur de peluches de Grand-Sacconex. Au jour d’aujourd’hui, les fêtes de fin d’année sont indissociables du business qu’elles génèrent. Si cela peut encore en indigner quelques uns, la grande majorité n’y prête même plus attention. Regardez les vitrines des magasins. Le Noël-business débute déjà mi-novembre… Mais où est donc passé l’esprit de Noël ? Rangé au placard, avec la naphtaline et les bigotes. Conséquences de ce naufrage commercial, les «anti-noël» sont de plus en plus nombreux. Seule la traditionnelle réunion familiale raccroche ces derniers à la date du 25 décembre. L’emprise du business est-il le seul facteur qui pousse certains à ne plus célébrer les saintes fêtes ? «Noël et Nouvel An font partie intégrante de notre culture. Mais depuis quelques années maintenant, tout n’est plus qu’une question d’argent.» nous explique Lily Wyler, diplômée d’une école de marketing et de communication. «Pour moi, Noël signifiait la naissance, il y a deux milles ans, d’une nouvelle religion, d’une nouvelle façon de penser. Cet aspect symbolique a totalement disparu. Je ne suis pas adepte des célébrations religieuses, mais j’apprécie les rituels culturels. Là, je ne m’y retrouve plus du tout.»
Alors que signifie Noël ? La naissance de l’enfant-messie ? La visite du Père Noël ? Trois jours de congés ? Disons que c’est un tout; trop copieux pour certain. «Un Noël ou Nouvel An idéal serait pour moi quelques jours de repos en famille. C’est tout le contraire. Stress des cadeaux, organisation professionnelle.» Et  Nouvel An? Je ne supporte pas ces fausses bonnes résolutions. Cela n’a aucun sens. C’est à nouveau un principe de masse, une hypocrisie. Pour conclure, je vous souhaite tout de même de bonnes fêtes de fin d’année. Si comme pour moi, cela signifie passer un moment agréable en famille ou avec des amis autour d’une bonne table. Santé ! “   L’interview terminé, nous disparaissons dans la foule d’un samedi de marché. Quelques pas plus loin, je croise le regard d’un clochard, affalé devant la vitrine d’un grand magasin. Un salon grand luxe est à demi prix. Seuls quelques centimes ont échappés à l’hystérie collective des achats de Noël. L’homme esquisse tout de même un signe de reconnaissance. Encore plongé dans mon interview, je lui demande subitement: «Je fais une enquête sur Noël. Sur ceux qui se disent «anti-Noël». En êtes vous un ?». Etonné que l’on s’adresse à lui, il lève les yeux à moi. Aucun son ne sortira de sa bouche gelée. Un silence plus que révélateur. 
J.G.