Édito

Recherche et investigation deux synonymes qui ne vont pas de pair.

Viviana von Allmen

Notre pays se bat dans la course effrénée de «la recherche scientifique». Mais qu’en est-il de l’investigation sur des faits qui touchent la politique, les injustices sociales, les inégalités, les procès corrompus, le piratage ….des sujets qui atteignent la morale en général ?
La philosophie du «ne t’en mêle pas» est de nos jours répandue à une échelle planétaire. La politique de neutralité des hommes du pouvoir n’a pas de confins. Founier dans les affaires louches ne répond  simplement qu’au concept du politiquement incorrect. Creuser dans les entrailles de dossiers fait partie d’un état d’esprit archaïque d’investigation. Celle-ci, ne se pratique plus, soi disant par manque des moyens économiques. Même les citoyens représentants du 4ème pouvoir se laissent emporter par cet état d’esprit.
Où sont passes les piliers déontologiques des hommes de presse : répandre la vérité à n’importe quel prix ? 
Les professionnels de la communication, en général, se limitent au fait sommaire d’informer sur l’actualité et étanchent leur soif de curiosité que par le biais du sensationnalisme.
De plus en plus, on répète, on copie sans s’interroger. Et pourtant il y a une réflexion à mener sur la course à l’info qui empêche tout recul. Défendons ce qu’on appelle le «doute méthodique» qui consiste à approfondir, éviter le conformisme, se demander ce que signifie vraiment une information,. Par ailleurs, je constate que le journalisme de communication remplace celui d’investigation, y compris en politique. Il est dopé par les conseillers en communication et par d’autres services de presse, qui pullulent dans les entreprises comme dans les institutions.
Les jeunes (les journalistes «énervés» qui veulent tout changer) s’épuisent dans des parcours de carrières.
Entre le journalisme tiède et le journalisme énervé, il y a une place à prendre.
Reste l’incontournable public, les lecteurs, les auditeurs. Que veulent-ils ? Qu’est-ce qui est vendeur et pourquoi ? Et vous, vous êtes plutôt journalisme ou info-hacking ?

Portrait

Un journaliste de Bienne

D’origine biennoise, Renaud Jeannerat, 44 ans, marié et père de deux enfants, est journaliste dans le plus grand hebdomadaire de la région, BIEL BIENNE. Pour lui, l’intérêt principal de ce métier, est d’être proche des gens.

Se destinant à une carrière d’enseignant, il sort diplômé de l’Ecole Normale au début des années 80; mais la chance et le marché du travail ne lui sourient pas dans ce domaine… C’est alors qu’il se lança dans l’aventure «Canal 3», emboîtant le pas à quelques amis. Pendant 6 mois, il touchera à tout. « La radio c’est un mode de communication très intéressant. Le côté technique me plaisait beaucoup, c’est captivant de  découvrir les secrets d’un studio, du montage, et en même temps de gérer toute une émission entièrement seul », confie Renaud Jeannerat. C’est au cours de cette expérience qu’on lui proposa un nouveau challenge, un poste au télétext romand, créé à Bienne la même année. Il débuta comme stagiaire, grimpa les échelons pour devenir responsable de la rubrique étrangère, puis adjoint du rédacteur en chef romand, et restera finalement une dizaine d’années dans cette grande entreprise biennoise. « C’est passionnant, affirme-t-il, de faire la synthèse de l’actualité internationale, et de pouvoir suivre, par exemple, la guerre du Golfe en direct. »

Après dix ans d’activités dans les médias électroniques, Renaud Jeannerat profita d’une nouvelle opportunité pour entrer dans la presse écrite. Il continua donc son ascension cette fois dans l’hebdomadaire BIEL BIENNE et occupe toujours le poste de rédacteur responsable romand. Il reconnaît beaucoup d’avantages à évoluer au sein d’une petite structure souple. «Il n’existe pas de chefs de rubrique, peu de spécialisation et peu de hiérarchie, la liberté d’écrire est grande et la pression faible. Travailler dans un hebdomadaire apporte également un peu plus de tranquillité et de temps les soirs et week-ends», avoue le journaliste.
Pour définir son rôle, on peut dire que c’est un poste de coordination. De la planification au bon à tirer en passant par la rédaction, la mise en page, les traductions, le choix des illustrations et bien sûr le lectorat, rien ne lui échappe et il apprécie particulièrement cette diversité. Pour lui, le plus important reste la proximité avec les gens. Grande différence après avoir traité l’actualité internationale, que de se retrouver au coeur des événements. «C’est très stimulant de pouvoir s’impliquer dans la vie de la région, la politique et d’être aux premières loges lorsque se prennent les décisions», se réjouit le rédacteur. Il défend le journalisme d’information pure et dénigre celui d’a priori. D’après lui, le but premier est de permettre aux lecteurs de se forger leur propre opinion et non celui d’apposer une opinion personnelle. Dans notre pays de «luxe médiatique», il déplore de plus en plus la qualité des quotidiens qui mélangent sans complexe sensationnalisme, actualités et commentaire. « Le journalisme doit s’attacher aux faits, mener une enquête complète et laisser primer le doute » affirme le journaliste.

Quant au futur, pas de changement fondamental en vue. La télévision et ses projecteurs n’attirent pas Renaud Jeannerat qui maintient ne pas avoir besoin de se montrer pour informer et préfère continuer à creuser l’écriture. Il se réjouit de pouvoir fêter les 27 ans du journal BIEL BIENNE en 2005.

C.J.