Reportage

Soins dentaires : plutôt coq ou croix blanche ?

Pour prendre soin de vos dents, votre porte-monnaie doit débourser beaucoup d’argent. Trop d’argent même : une pose de trois couronnes en céramique peut s’élever jusqu’à 5000 francs, voire 5500. Des prix aussi conséquents méritent qu’on s’intéresse aux prix pratiqués en France voisine, où l’on dit souvent qu’ils sont moindres. Est-ce encore le cas aujourd’hui, avec l’euro et l’augmentation du coût de la vie ? Si les prestations sont moins chères chez nos voisions, les résultats sont-ils les mêmes ?

Reprenons l’exemple de la pose de 3 couronnes en céramique ; Selon GHI (in Genève Home Informations, hebdomadaire gratuit du 23 mars 2006, www.ghi.ch) il en coûtera 4700 à 5100 francs en Suisse pour 4400 francs en France (voire à 3800 francs pour un dentiste en région de Thonon). En ce qui concerne le prix des simples devis, il est de 60 francs en France voisine et peut aller jusqu’à 216 francs chez nous. On comprend donc qu’il faut nuancer le préétabli qui veut que les dentistes français soient moins chers qu’en Suisse. On peut tout de même noter que pour les prestations de base, les soins dentaires sont sensiblement moins chers en France.
Il est vrai qu’il y a encore vingt ans, la différence de prix était significative. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus parler de généralités. Il faut comparer les prix au cas par cas.

Le patient cherche un dentiste compétent, qui lui garantie un travail bien fait à un prix raisonnable. On ne peut pas comparer ces facteurs de manière générale entre deux pays. Le patient se fiera plus au bouche-à-oreille, le prix n’étant pas l’unique facteur pris en compte dans son choix.

Il faut également prendre en compte le facteur humain. Un patient payera-t-il le prix fort pour un dentiste qu’il affectionne particulièrement ? C’est possible. Car un patient cherche un médecin capable de le rassurer, de le mettre à l’aise. Selon le Dr Virgillito, président de l’AMDG (Association des Médecins-Dentistes de Genève, in GHI, 23 mars 2006), ce point compte autant aux yeux des patients que le prix.

Quant à moi, je suis aller tenter l’expérience, il y a quelques années, des soins dentaires français. Evidemment, on ne peut pas se fier à un seul praticien. Cependant, pour un prix moins cher, les résultats étaient décevants. Sur trois plombages, deux n’ont tenu qu’un mois. Certes le dentiste était très sympathique, mais je n’y suis plus retournée.

En conclusion, on pourra dire des prix qu’ils sont généralement moins chers en France, même si certains soins prodigués coûtent autant chez nos voisins qu’ici. Les suisses ne désertent donc pas en masse les cabinets suisses pour leurs confrères français.
Pour ce qui est du facteur humain, ce sera aux patients de choisir leur camp, et pas question ici de parler de divergences entre dentistes suisses et français. Ce que le patient cherche en définitive est simple : un médecin chaleureux qui fait correctement son travail dans des conditions d’hygiène impeccables à un prix raisonnables. Est -ce trop demander ?
M.K.

Analyse

Histoire de la CDS de La Chaux-de-Fonds…

Suite au récent passage en main privée de la clinique dentaire scolaire de la
Chaux-de-Fonds ainsi que dans d’autres villes romandes, il est nécessaire de se poser la question de la validité d’un service dentaire public. Peu rentables ou sujettes à de maints changements de personnels, ces cliniques sont-elles vouées à leur perte ?

Un retour en arrière s’impose. Jusqu’au mois de mars 2007, la Chaux-de-Fonds, ville fortement ancrée dans le domaine social, possédait une clinique dentaire scolaire depuis 100 ans. Spécialisée dans les dépistages auprès d’élèves ainsi que dans la prophylaxie (ensemble des mesures propres à prévenir les maladies), la clinique s’est développée en intégrant les soins conservateurs (réparation de
caries). Le principe de départ, un coût modéré des soins grâce à une participation communale afin d’aider les familles, en a fait sa réputation. Pour suivre l’évolution, un service d’orthodontie y a ensuite été intégré. Celui-ci, non subventionné, devait permettre des rentrées financières permettant un meilleur équilibre des comptes.

C’est pourtant là que les ennuis ont commencé. En partie à cause de la lourdeur du système administratif ainsi que du système de facturation, la clinique a commencé à perdre quelques plumes tout en continuant à proposer des salaires toujours plus bas que ceux proposés dans le privé. Mais comment garder des spécialistes avec des salaires aussi peu attractifs ? Un changement de personnel fréquent est apparu au fil des ans. Cette valse coûteuse de changements (les nouveaux arrivants répétant
à nouveau le travail de leurs prédécesseurs), additionné au fait que les revenus générés par les enfants n’étaient pas aussi grands qu’espérés, ont fait plonger la clinique dans les chiffres rouges.

Ceci a généré un climat d’insécurité professionnelle. Afin de garder leur poste de travail, quelques employés, ont proposé à la commune de racheter et privatiser cet établissement. En ouvrant la clinique également à une clientèle adulte, économiquement plus rentable, les salaires redevenaient décents. La commune a ratifié cet accord stipulant que le dépistage dentaire des élèves devrait toujours être pratiqué. De même, les jeunes patients dont le revenu des parents s’élevaient en dessous de la moyenne devraient toujours bénéficier d’une participation communale (uniquement dans le traitement conservateur) afin de perpétuer la pratique sociale voulant l’égalité de chacun sur le plan de l’accès aux soins dentaires.

De ce fait, nous pourrons donc nous interroge quant à la validité de ces cliniques dentaires scolaires. Un modèle viable, peut-il être trouvé avec le secteur privé, sans déroger à des principes d’aide sociale ?
J.H.