Eclairage

Droit de vote à 16 ans : danger ou nécessité ?

Souvenez-vous, le 6 mai dernier, les habitants de Glaris accordaient le droit de vote à ses citoyens et citoyennes âgés de 16 ans. Le débat avait fait fureur. Idée absurde pour certains, pionnière pour d’autres.

Il est vrai que depuis un peu plus d’un siècle, la maturité des ados n’a cessé de reculer pour atteindre l’âge symbolique de 18 ans. Pendant la Révolution industrielle, l’âge de maturité n’était que de 10-12 ans alors qu’à 20 ans seulement on devenait adulte sous l’Empire romain. Comment décider de l’âge ou les ados seront adultes et responsables ? Quels sont les critères avancés ? Quel est le but réel de l’instauration du droit de vote à 16 ans ?

La discussion d’instaurer le droit de vote à 16 ans a déjà eu lieu dans les cantons de Zürich, Fribourg et Lucerne, mais aucun n‘a encore franchi le pas. Dans l’Union européenne, seuls deux Länder allemands accordent le droit de vote à 16 ans. L’Autriche y pense et décidera bientôt si le droit de vote à 16 ans peut être accordé au plan international.
J’ai demandé, dans le cadre de cet article, l’avis de quelques étudiants concernant le droit de vote à 16 ans.
Lutte contre le désintérêt de la politique, meilleure intégration des jeunes dans la société, meilleure information des ados concernant la politique, voici quelques-uns des arguments avancés par les initiateurs. Selon ces derniers, les jeunes, intégrés dans la citoyenneté, pourront ainsi prendre conscience de leurs responsabilités et seront plus aptes à forger leurs propres opinions.
Et le droit de vote n’engage à rien, il ne force pas à voter. On pourrait donc avancer que seuls les jeunes intéressés par la politique (donc informés ?) voteront. C’est vrai, quel tort y a-t-il à cela ? Chacun a le droit de s’exprimer.

Mais les opposants annoncent un réel danger. Cette solution miracle pour sauver l’intérêt des jeunes à la politique n’est pas la bonne voie à prendre. En effet, à 16 ans, un âge où on ne sait pas encore qui l’on est, où l’on va aller, comment demander à ces jeunes d’avoir une réflexion posée responsable sur des sujets qui ne les concernent, pour la plupart, pas encore? Ils seront plus atteints par les slogans racoleurs ou les campagnes coup de poing. Et à 16 ans, et ce même si l’on s’intéresse déjà à la politique, on est influencé par ses parents, par les amis, etc.
J’ai demandé, dans le cadre de cet article, l’avis de quelques étudiants concernant le droit de vote à 16 ans. Laurane Froidevaux (UNIL, sciences politiques) pense que « ce n’est pas une bonne idée car il y un désintérêt pour la politique et je ne pense pas qu’à 16 ans tu aies la culture suffisante et l’esprit critique pour te fonder ta propre opinion. Ils viennent de sortir de l’école où ils sont trop encadrés, ils n’ont pas de réelles notions de vie active et civique. Souvent, ce sera plus l’idée des parents, car la moitié de ces jeunes ne vont pas lire le fascicule de vote. Ou alors, ça sera plus un vote de rébellion où ils n’auront pas forcément pris la peine de réfléchir »
Selon Valérie Matile (UNINE, droit ) « le droit de vote à 16 ans n’est pas une bonne idée, car ces jeunes sont encore à l’école, où on ne leur parle pas de politique. Je pense que l’école n’est pas une expérience suffisante pour pouvoirs se forger sa propre opinion. En plus, ces jeunes risquent fort de voter comme ou contre leurs parents, et suivant l’avis de leurs amis. » Alors que pour Christelle Devanthéry (UNIFRI, sciences sociales) « la majorité des jeunes de 16 ans sont encore en plein dans la période rebelle de l’adolescence et doivent encore se forger une identité et une culture générale qui permettent un avis objectif. »

Un jeune de 16 ans sera peut-être en mesure de voter, alors qu’une femme 30 ans ne sera pas capable de vous dire quel est le premier parti de Suisse. La limite de l’âge de maturité est arbitraire, mais indispensable.
La solution pour intéresser les jeunes à la politique devrait-elle vraiment résider dans une participation à 16 ans à la démocratie directe ? Si le but des autorités politiques suisses, en descendant l’âge de vote à 16 ans, est d’augmenter la participation des jeunes à la politique, nous devrions peut-être, en premier lieu, nous attarder à intégrer, dans le programme scolaire, une initiation obligatoire à la politique. En traitant de sujets politiques d’actualités, des idées défendues par les partis et en appliquant des analyses de la situation du contexte politique suisse le jeune appréhendera le monde politique dès ses 16 ans. Et ceci, un jeune de 16 ans, bien informé et intéressé par le sujet, vous le dira.
Mélanie Kornmayer

Édito

L’agenda-setting

Aujourd’hui, les médias reposent largement sur le concept d’agenda-setting concernant le choix des sujets, ce qui peut engendrer un certain formatage des esprits.

A l’heure actuelle, le concept d’agenda-setting fait force de loi parmi les médias en ce qui concerne la sélection des sujets parmi la multitude d’informations qui arrive en tout temps. L’agenda-setting peut donc être considéré comme une compétition continuelle entre les sujets se proposant d’obtenir tout d’abord l’attention des médias, puis celle du public et de la scène politique. Par conséquent, l’opinion publique se voit façonnée en grande partie par ce seul processus. Les critères de sélection parmi les informations reçues reposent sur différents facteurs, toujours liés au but principal qui est de vendre l’information à un public, ce qui suppose l’obligation de créer ou de maintenir l’intérêt d’un sujet.

Lors du choix d’un sujet, on considère tout d’abord la saillance de celui-ci, c’est-à-dire la perception d’importance qui lui est attribuée. L’amorçage, qui consiste en un contexte antérieur propice à la couverture médiatique d’un type de sujet, joue également un rôle non négligeable. Par exemple, on remarque qu’après une importante catastrophe naturelle, de plus petits évènements du même type ont tendance à être mentionnés dans les médias, ce qui n’aurait pas forcément été le cas dans d’autres circonstances. D’autre part, il s’agit aussi de prendre en compte le nombre de sujets d’actualité en compétition, du fait que le public n’est capable de gérer que quatre à cinq évènements importants à la fois. La notion de concurrence entre les sujets est donc bien réelle. Finalement, la capacité de l’actualité à se régénérer constitue également un critère de sélection. En effet, dès le moment où l’on ne trouve pas de nouvelles informations sur un sujet, celui-ci tend à disparaître de la scène médiatique.

On peut donc tirer la conclusion que les médias ont tendance, non pas à nous montrer ce qu’il faut penser, mais à quoi il faut penser. Cela est encore renforcé par la notion de cadrage. En effet, à l’intérieur même d’un sujet, les médias procèdent à une nouvelle sélection concernant l’angle sous lequel celui-ci sera traité afin d’en augmenter l’intérêt. De ce fait, la lecture d’un évènement est orientée sur un aspect en particulier, aux dépens d’une lecture plus globale qui donnerait une vue d’ensemble sur l’information et sur la situation dans laquelle elle s’inscrit. De plus, cet angle de lecture ne peut se construire qu’à travers une simplification de l’information. Par conséquent, la perception que l’on a de ce que l’on croit être la réalité se trouve relativement éloigné de la réalité elle-même.

En conclusion, on peut considérer que l’information qui nous est présentée à travers les médias est largement dirigée par les critères posés par l’agenda-setting, sans que cela soit remis véritablement en cause par un public consommateur. Le danger d’une telle pratique se révèle dès le moment où l’on considère que les médias sont dans la capacité d’occulter certains aspects de la réalité. Ce phénomène est renforcé du fait que les médias plus modestes tendent à s’aligner sur les grands journaux notamment, concernant le choix des sujets à traiter. D’autre part, l’aspect économique joue également un rôle important à ce niveau, puisqu’il constitue un facteur dont les médias dépendent de plus en plus et qui engendre l’obligation de fournir une information qui se vend aux dépends de critères de pertinence de celle-ci.
Toutefois, ce serait pousser trop loin la réflexion que de croire à un complot des grands médias visant à manipuler l’opinion publique mais il est clair que, par le processus d’agenda-setting, ceux-ci sont largement capables d’influencer notre perception de la réalité. Par conséquent, il s’agit de rester critique face à l’actualité servie par les médias et d’être capable de garder un certain recul face à celle-ci.
S.B.
Sources: cours de Thierry Herman sur l’agenda-setting dans le cadre des « théories de la communication »