Eclairage, Economie

Le charbon, le mouton noir toujours bien vivant

Le charbon, symbole d’énergie fossile décriée, continue de tenir une place paradoxale dans le monde. Entre baisse de la demande électrique dans certaines régions et expansion dans d’autres, il reste un acteur clé de l’industrie et du climat.

Il est aujourd’hui presque indécent d’aborder le sujet, voire simplement d’en parler. Le charbon, par sa couleur autant que par son image, est devenu le mouton noir de l’énergie dans nos sociétés. Mais ne nous y trompons pas : il existe encore dans le monde de nombreuses mines, notamment en Chine, en Inde, en Indonésie, en Russie, en Australie, aux États-Unis et en Afrique du Sud. On en compte plus de 2 000 en activité.

En 2025, le charbon fait face à des tendances contradictoires. Le charbon thermique, utilisé pour la production d’électricité, voit son prix baisser sous l’effet d’une offre excédentaire et de la concurrence des énergies renouvelables, qui dépassent pour la première fois le charbon dans la production électrique mondiale. À l’inverse, le charbon métallurgique, indispensable à la fabrication de l’acier, conserve des prix stables, voire en légère hausse. Résultat : la demande mondiale de charbon reste globalement stable.
L’année 2025 marque donc un tournant symbolique. Si l’utilisation du charbon recule dans plusieurs régions, elle demeure significative, portée notamment par l’expansion des capacités de production en Chine et la poursuite du financement des énergies fossiles par certaines banques. Car, malgré la croissance rapide des énergies renouvelables au cours de la dernière décennie, ces dernières n’ont pas encore suivi le rythme d’une demande mondiale d’électricité toujours plus forte.

Certains gouvernements continuent d’ailleurs de défendre l’utilisation du charbon. En Amérique du Nord, par exemple, on recense encore 45 projets miniers en développement. Parallèlement, le nombre de « bombes carbone », ces projets d’extraction de pétrole, de gaz ou de charbon émettant d’énormes quantités de CO₂, a continué d’augmenter dans le monde en 2025.
Le concept de « bombe carbone » a été théorisé en 2022 par un chercheur allemand pour désigner les installations qui, sur leur durée de vie, émettraient plus d’un milliard de tonnes de CO₂, compromettant ainsi les objectifs climatiques mondiaux.

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles. En 2024, les ajouts mondiaux de centrales à charbon sont tombés à leur plus bas niveau depuis vingt ans. Le parc mondial, lui, continue certes de croître, mais de façon plus modérée. Hors Chine, la capacité de production d’électricité à partir du charbon a diminué : les fermetures de centrales dépassent désormais les nouvelles mises en service. Dans l’Union européenne, les arrêts se sont même multipliés, quadruplant en un an, tandis que le Royaume-Uni a fermé sa dernière centrale à charbon, devenant le sixième pays à en finir totalement avec cette énergie depuis 2015.
Et que voilà une bonne nouvelle : la conversion des anciennes mines de charbon en fermes solaires pourrait, selon une analyse récente, fournir assez d’électricité pour répondre à la demande d’un pays de la taille de l’Allemagne.

De l’ombre à la lumière
Si le charbon recule lentement, il reste encore profondément ancré dans le paysage énergétique mondial. Mais sa reconversion, qu’elle soit économique, technologique ou symbolique, montre qu’il pourrait, paradoxalement, éclairer le chemin vers un futur plus propre.
C.G.

À la une, Actualité

La Suisse, si belle et si lumineuse

Fière de ses lumières, la Suisse découvre peu à peu leur revers : trop d’éclat nuit à la vie, aux étoiles et à nos nuits. Derrière la clarté rassurante, un excès discret s’est installé, celui de la lumière.

Quand on parle de pollution, on pense d’abord à celle de l’air ou de l’eau, rarement à la lumière. Et pourtant, elle est partout, diffuse, silencieuse, presque invisible à force d’habitude. Nous aimons éclairer : vitrines, bâtiments, ronds-points, jusqu’aux petits chemins entre les villages, au nom de la sécurité et du confort. Nous en sommes fiers.

Je me souviens des années 1980, lorsque des visiteurs venus d’Europe de l’Est me disaient : « Nous savons que nous arrivons en Suisse quand nous voyons la mer de lumières depuis le ciel ! »
C’était alors un signe de prospérité. Aujourd’hui, cette fierté s’est teintée de doute : avons-nous trop illuminé nos nuits ?

Depuis quelques années, on prend conscience que cette profusion de lumière relève parfois de l’exagération. Avons-nous vraiment besoin d’éclairer chaque recoin de nos rues et de nos façades ? Ce confort lumineux est devenu une erreur de perception : trop de lumière ne signifie pas forcément plus de sécurité, ni une meilleure qualité de vie.
La pollution lumineuse en Suisse est une problématique croissante, marquée par une augmentation significative de la lumière artificielle. Ce phénomène a des effets néfastes sur la biodiversité, oiseaux migrateurs, chauves-souris, insectes, mais aussi sur le bien-être humain. Et il efface peu à peu la beauté du ciel étoilé.
Pour y remédier, des mesures sont mises en place. Le Tribunal fédéral a statué que certains éclairages ornementaux devaient être éteints à 22 h. La Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) a établi des directives visant à réduire les émissions lumineuses inutiles. Plusieurs communes expérimentent l’extinction partielle de l’éclairage public, et des événements comme La nuit est belle invitent à redécouvrir le ciel dans son obscurité naturelle. Car trop de lumière, au mauvais endroit ou au mauvais moment, entraîne une consommation d’énergie superflue, perturbe les écosystèmes, altère le paysage nocturne et nuit au sommeil humain. Notre organisme a besoin d’obscurité complète pour fonctionner pleinement durant la nuit. Les lumières blanches ou bleutées, trop intenses, dérèglent notre horloge biologique.

Les animaux nocturnes, eux, subissent de plein fouet cette « barrière lumineuse » que représentent nos villes. L’éclairage perturbe leurs déplacements, les rend plus vulnérables aux prédateurs et provoque la mort de nombreux insectes : un seul lampadaire allumé toute la nuit peut en tuer une centaine. Et lorsque les insectes disparaissent, c’est toute la chaîne alimentaire qui vacille. Même les plantes voient leur rythme jour/nuit bouleversé.

Préserver la nuit, c’est bien plus qu’éteindre des lampadaires : c’est redonner à la nature et à nous-mêmes, la possibilité de retrouver un équilibre oublié. Car plus il fait sombre, plus le ciel se dévoile, et plus nous retrouvons le lien simple et essentiel avec le monde qui nous entoure.
P.dN.