La Suisse, championne du monde du tri ? Pas si vite…

La Suisse affiche d’excellents résultats en matière de tri et de recyclage. Mais derrière cette image exemplaire, des tonnes de matières encore valorisables finissent chaque année dans nos poubelles. Du plastique aux biodéchets, un constat s’impose : trier ne suffit plus, il faut repenser notre manière de consommer.

Selon La Vie économique, la population suisse génère aujourd’hui moins de déchets qu’il y a dix ans. Encourageant, non ?
Pourtant, plus de 20 % des détritus qui finissent à l’incinération sont encore des matières recyclables ou des denrées alimentaires. Que font-elles donc dans nos poubelles ?

Chaque année, plus de 460 000 tonnes de biodéchets, 176 000 tonnes de plastique et 39 000 tonnes de métal se retrouvent dans les sacs-poubelle. Autant de ressources perdues, alors qu’elles pourraient être réutilisées ou valorisées. Brûler ces matériaux, c’est gaspiller du temps, de l’énergie et de l’argent.

Valoriser plutôt que jeter

Comment éviter que tant d’aliments finissent aux ordures ?
Lorsqu’ils ne sont plus consommables, ils peuvent encore servir : compost, biogaz, ou valorisation énergétique. Cela suppose toutefois de développer la collecte des déchets verts et de mieux informer les citoyens.

La baisse du volume de déchets par habitant et les bons résultats en matière de recyclage sont des succès réels. Mais le volume global des déchets, et la consommation de ressources qu’il implique, continuent de peser lourdement sur l’environnement.

Le casse-tête du plastique

Le plastique, omniprésent dans notre quotidien, pose un défi particulier. Matériau polyvalent, il regroupe des substances très diverses : toutes ne sont pas recyclables.
Les bouteilles à boissons en PET ou les flacons de lessive peuvent être transformés en granulés utilisés pour fabriquer des tuyaux, du mobilier de jardin ou des gaines électriques. Mais beaucoup d’autres emballages, faits de matériaux composites, sont difficiles à séparer et à recycler, car le processus est coûteux et énergivore.

Il est donc essentiel de veiller à ce que le recyclage soit réellement bénéfique d’un point de vue écologique et économique. Mieux vaut parfois éviter la production que tenter de réparer les dégâts.

Des initiatives prometteuses

Heureusement, les choses bougent. Un projet pilote baptisé LEO a été lancé début 2025 dans la région d’Yverdon-les-Bains pour collecter les plastiques et briques de boissons. Une première usine de tri a vu le jour à Grandson, avec l’objectif d’étendre la filière à toute la Suisse romande.
Aujourd’hui encore, la plupart des bouteilles en plastique PE (lessive, lait, etc.) sont envoyées en France, où elles sont recyclées en granulats. L’enjeu, désormais, est de créer une filière nationale capable de traiter l’ensemble des plastiques utiles.

Moins d’emballages, plus de bon sens

Trier, c’est bien ; réduire, c’est mieux.
Combien de fois rageons-nous devant des fruits ou légumes emballés trois fois ? Il est urgent de repenser ces pratiques et de privilégier des matériaux plus simples à recycler, comme le verre ou le carton. Car, à l’étranger, certains pays collectent tous les types de plastique, mais une grande partie finit malgré tout incinérée faute de rentabilité. La Suisse, plus prudente, cherche à garantir la qualité du recyclage plutôt que la quantité.

Et demain ?

La bonne nouvelle, c’est que la recyclabilité des emballages augmente. L’Union européenne s’est fixé pour objectif que 100 % des emballages soient recyclables ou récupérables d’ici à 2030. La Suisse avance dans la même direction. Mais au-delà des infrastructures, le changement dépend aussi de nous. À chacun de faire son tri, pas seulement dans les bacs de recyclage, mais aussi dans ses choix d’achat. Car le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas.
L.E.

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