
Indispensable à la vie, l’eau douce devient une ressource rare et convoitée. Entre changement climatique, usages industriels et tensions géopolitiques, *l’or bleu » du XXIᵉ siècle pourrait bien devenir une source de conflits. Comment concilier besoins vitaux et gestion durable ?
Ressource vitale, enjeu mondial et potentielle source de conflits
Indispensable à toute forme de vie, l’eau recouvre 70 % de la surface du globe. Pourtant, seule une infime fraction est réellement disponible pour l’usage humain. Entre changement climatique, pollution et pression démographique, cette ressource vitale devient un enjeu stratégique majeur. Certains y voient déjà le pétrole du XXIᵉ siècle : un bien rare, convoité, et potentiellement source de tensions.
Un équilibre fragile
L’eau est essentielle à notre organisme : pour compenser les pertes naturelles (urine, transpiration, respiration), chaque personne a besoin de 20 à 50 litres d’eau par jour pour boire, cuisiner et assurer son hygiène.
Mais derrière cette apparente abondance se cache une réalité préoccupante : 97 % de l’eau présente sur Terre est salée, et l’eau douce accessible représente moins de 1 % des ressources totales. Elle provient essentiellement des précipitations, des nappes souterraines et des glaciers.
Sous l’effet du réchauffement climatique, de la pollution chimique et de la surexploitation agricole et industrielle, la disponibilité et la qualité de cette eau diminuent à un rythme inquiétant.
Des usages en compétition
Selon un rapport de Danfoss (2024), la consommation d’énergie du secteur de l’eau pourrait doubler d’ici 2040, tandis que la demande en eau du secteur énergétique augmenterait de près de 60 %.
Dans le même temps, la demande mondiale en eau pourrait dépasser l’offre de 40 % au cours des cinq prochaines années, aggravant la situation des 3,6 milliards de personnes déjà privées d’un accès fiable à l’eau toute l’année.
Les centres de données (data centers) illustrent bien ces nouveaux défis : ils consomment d’énormes volumes d’eau pour refroidir leurs serveurs et produire l’électricité nécessaire à leur fonctionnement.
Mais le secteur agricole reste de loin le plus gros consommateur, essentiel à la sécurité alimentaire mondiale et pourtant très exposé aux sécheresses.
S’y ajoutent le secteur textile, grand utilisateur d’eau douce pour la teinture et le lavage des fibres, et l’industrie numérique, toujours plus énergivore.
L’eau, facteur de tension géopolitique
Au-delà de l’économie, l’eau est aussi un enjeu politique et diplomatique majeur. Environ la moitié de la surface terrestre est couverte par des bassins fluviaux ou lacustres partagés par plusieurs pays : leur gestion donne lieu à des négociations complexes et parfois à des tensions ouvertes.
Le barrage de la Renaissance sur le Nil en Éthiopie, les fleuves Jourdain et Mékong, ou encore certains bassins d’Asie centrale sont autant d’exemples où le contrôle de l’eau cristallise les rivalités régionales.
La fonte accélérée des glaciers ajoute une dimension supplémentaire : elle provoque d’abord un excès d’eau de fonte, avant d’entraîner une raréfaction durable des réserves, perturbant les écosystèmes, l’agriculture et les populations.
Et la désalinisation ? Face à la raréfaction des ressources en eau douce, plusieurs pays misent sur la désalinisation de l’eau de mer. Cette technologie, déjà largement utilisée au Moyen-Orient, en Espagne ou en Australie, permet de produire de l’eau potable à partir d’eau salée.
Mais elle a un revers : le processus est très énergivore et génère des rejets de saumures concentrées en sel, qui peuvent perturber les écosystèmes marins. La désalinisation peut donc être une solution d’appoint, mais difficilement une réponse durable à grande échelle.
Préserver l’eau, une responsabilité partagée
Face à ce constat, les États et les industries commencent à réagir : politiques de gestion durable, innovations technologiques, recyclage et désalinisation. Mais les gestes individuels restent essentiels.
Chacun de nous peut agir, réduire le gaspillage, réparer les fuites, utiliser des appareils économes ou éviter les systèmes de filtration qui gaspillent plusieurs litres d’eau pour produire un seul litre d’eau purifiée.
L’eau est un bien commun. Sa préservation conditionne non seulement notre santé, mais aussi la paix et la stabilité de nos sociétés.
Ce siècle sera sans doute celui où l’humanité devra apprendre à gérer,
V.vA.
