
À mesure que les réseaux sociaux s’imposent comme sources d’information, les influenceurs occupent une place croissante dans l’espace public. Entre proximité revendiquée, partenariats commerciaux et nouvelles formes de notoriété, leur rôle interroge : assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau métier ou à une mise en scène de l’information ?
Pour une grande partie des très jeunes, les médias traditionnels ne sont plus la porte d’entrée principale vers l’information. Le journal télévisé a cédé la place à TikTok, la page d’actualité à une story Instagram. Dans ce nouvel écosystème, une figure s’est imposée : l’influenceur. Mais que dit cette montée en puissance de notre rapport à l’information ? Et surtout, s’agit-il d’un véritable métier ou d’une illusion bien mise en scène ?
Quand l’information change de visage
Les réseaux sociaux ne sont plus de simples espaces de divertissement. Ils sont devenus des lieux où l’on s’informe, où l’on se forge une opinion, souvent à travers des visages familiers. Les influenceurs (blogueurs, youtubeurs, instagrameurs ou tiktokeurs) ont bâti des communautés fidèles autour de contenus réguliers, incarnés et accessibles. Mode, gaming, voyage, sport, high-tech : chacun sa niche, chacun son public.
Cette proximité crée un sentiment de confiance. L’influenceur ne parle pas depuis une rédaction, mais depuis son salon, son téléphone à la main. Une parole perçue comme plus authentique, plus proche, parfois plus crédible que celle des médias traditionnels.
Une notoriété fondée sur la proximité
La force des influenceurs repose sur leur visibilité et leur capacité à engager leur communauté. Présents sur Instagram, TikTok ou YouTube, ils partagent des avis, testent des produits, donnent des conseils. Leur parole peut orienter des choix de consommation, lancer des tendances, voire influencer des opinions.
Cette popularité attire naturellement les marques. Les influenceurs deviennent alors des intermédiaires clés du marketing numérique, brouillant la frontière entre recommandation personnelle et message commercial.
On distingue généralement plusieurs profils :
les nano-influenceurs, à la petite communauté mais au fort taux d’engagement ;
les micro-influenceurs, souvent perçus comme experts et jugés plus crédibles ;
et les macro-influenceurs ou célébrités du web, capables de toucher des millions de personnes.
Les influenceurs vont-ils remplacer les journalistes ?
La question revient régulièrement. Pourtant, influenceurs et journalistes ne jouent pas le même rôle. Le journalisme repose sur la vérification des sources, la mise en perspective, une déontologie et une responsabilité éditoriale clairement établies. L’influenceuse, elle, assume une subjectivité, une narration personnelle, souvent liée à un modèle économique dépendant des partenariats.
Là où le journaliste cherche à informer, l’influenceur cherche avant tout à engager. Les algorithmes, plus que les rédacteurs en chef, décident de la visibilité des contenus. Ce glissement interroge : lorsque l’information devient un produit parmi d’autres, que devient l’esprit critique ?
Le mythe du métier rêvé
Vue de l’extérieur, la vie d’influenceur fait rêver : liberté, créativité, voyages, collaborations prestigieuses.
La réalité est souvent moins glamour. Derrière les images soignées se cachent une pression constante à produire du contenu, une dépendance aux plateformes et à leurs règles changeantes, ainsi qu’une concurrence féroce.
Seule une minorité parvient à en vivre durablement. Pour beaucoup, la réussite est fragile, précaire, suspendue aux caprices des algorithmes et à la fidélité d’une audience volatile.
Encadrement et responsabilités
Face à ces enjeux, certains pays ont commencé à légiférer. En France, par exemple, l’activité d’influenceur est désormais encadrée par la loi. Toute personne qui communique publiquement en ligne pour promouvoir, contre rémunération, un bien, un service ou une cause doit clairement signaler ses partenariats. Les influenceurs sont ainsi reconnus comme des professionnels, responsables de leurs publications.
Une évolution nécessaire pour renforcer la transparence et préserver la confiance du public.
Une nouvelle manière de s’informer
Les influenceurs ne remplaceront sans doute pas les journalistes. Mais ils ont déjà transformé, en profondeur, notre manière de nous informer. À l’ère des réseaux sociaux, la crédibilité ne se joue plus seulement dans les rédactions, mais aussi dans la relation de confiance entre une communauté et ceux qu’elle choisit de suivre. Derrière chaque écran, il y a un regard qui choisit à qui faire confiance.
Reste une question essentielle, saurons-nous distinguer l’information de l’influence, à l’heure où les deux se confondent de plus en plus ?
P.dN.
