La Suisse, si belle et si lumineuse

Fière de ses lumières, la Suisse découvre peu à peu leur revers : trop d’éclat nuit à la vie, aux étoiles et à nos nuits. Derrière la clarté rassurante, un excès discret s’est installé, celui de la lumière.

Quand on parle de pollution, on pense d’abord à celle de l’air ou de l’eau, rarement à la lumière. Et pourtant, elle est partout, diffuse, silencieuse, presque invisible à force d’habitude. Nous aimons éclairer : vitrines, bâtiments, ronds-points, jusqu’aux petits chemins entre les villages, au nom de la sécurité et du confort. Nous en sommes fiers.

Je me souviens des années 1980, lorsque des visiteurs venus d’Europe de l’Est me disaient : « Nous savons que nous arrivons en Suisse quand nous voyons la mer de lumières depuis le ciel ! »
C’était alors un signe de prospérité. Aujourd’hui, cette fierté s’est teintée de doute : avons-nous trop illuminé nos nuits ?

Depuis quelques années, on prend conscience que cette profusion de lumière relève parfois de l’exagération. Avons-nous vraiment besoin d’éclairer chaque recoin de nos rues et de nos façades ? Ce confort lumineux est devenu une erreur de perception : trop de lumière ne signifie pas forcément plus de sécurité, ni une meilleure qualité de vie.
La pollution lumineuse en Suisse est une problématique croissante, marquée par une augmentation significative de la lumière artificielle. Ce phénomène a des effets néfastes sur la biodiversité, oiseaux migrateurs, chauves-souris, insectes, mais aussi sur le bien-être humain. Et il efface peu à peu la beauté du ciel étoilé.
Pour y remédier, des mesures sont mises en place. Le Tribunal fédéral a statué que certains éclairages ornementaux devaient être éteints à 22 h. La Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) a établi des directives visant à réduire les émissions lumineuses inutiles. Plusieurs communes expérimentent l’extinction partielle de l’éclairage public, et des événements comme La nuit est belle invitent à redécouvrir le ciel dans son obscurité naturelle. Car trop de lumière, au mauvais endroit ou au mauvais moment, entraîne une consommation d’énergie superflue, perturbe les écosystèmes, altère le paysage nocturne et nuit au sommeil humain. Notre organisme a besoin d’obscurité complète pour fonctionner pleinement durant la nuit. Les lumières blanches ou bleutées, trop intenses, dérèglent notre horloge biologique.

Les animaux nocturnes, eux, subissent de plein fouet cette « barrière lumineuse » que représentent nos villes. L’éclairage perturbe leurs déplacements, les rend plus vulnérables aux prédateurs et provoque la mort de nombreux insectes : un seul lampadaire allumé toute la nuit peut en tuer une centaine. Et lorsque les insectes disparaissent, c’est toute la chaîne alimentaire qui vacille. Même les plantes voient leur rythme jour/nuit bouleversé.

Préserver la nuit, c’est bien plus qu’éteindre des lampadaires : c’est redonner à la nature et à nous-mêmes, la possibilité de retrouver un équilibre oublié. Car plus il fait sombre, plus le ciel se dévoile, et plus nous retrouvons le lien simple et essentiel avec le monde qui nous entoure.
P.dN.

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