Analyse

Aujourd’hui : l’image de la Chine

Aujourd’hui, l’affaire du lait contaminé, hier, les Jeux Paralympiques et Olympiques, en mai, des écoles au Sichuan construites il y a seulement dix ans s’effondrent alors que des bâtiments de vingt ans tiennent le coup.
Corruption, médias filtrés, Tibet : tant de sujets qui sèment la confusion dans nos esprits lorsqu’il s’agit de penser à la Chine. Point sur quelques événements.

JO
Beaucoup de bruit autour de la construction des édifices destinés à accueillir les sportifs du monde entier. De plus, quelques fiertés nationales à notre actif : les architectes suisses mondialement reconnu qui ont conçu le nid d’oiseau, Herzog & De Meuron, et notre fédérateur Federer qui dû y défendre honneur et saison. Les athlètes du monde nous déclarent télévisuellement l’importance que ces jeux ont à leurs yeux, à ceux de leur famille et amis. Entre patriotisme et dépassement de soi, cette compétition à venir attise les émois.

Sur place, revers de la médaille : le gouvernement déploie 150 000 hommes sur Pékin pour empêcher les fauteurs de troubles que sont les militants des droits de l’homme et du Tibet de manifester, et « prie » les bâtisseurs des JO de regagner leurs pénates. L’accès à Internet reste restreint et censuré pour les journalistes étrangers.

On a pu croire un instant que la Chine, bénéficiant d’une ultra-médiatisation et de rentrées d’argent non négligeables consécutive à la chance d’accueillir les Olympiades, ouvrirait quelques loquets, permettrait la mise en place de réformes, d’ouvertures sur le monde ou simplement une remise en question. Que nenni, crédules affabulateurs que nous sommes. Fermée elle nous était, fermée elle nous est restée.

Néanmoins, le bilan tiré par d’autres que moi est unanime : Les mots «  triple succès » et « la Chine a redoré son blason sur la scène internationale » ont sonné le glas d’illusions qui n’en étaient pas réellement. L’image qui ressort est que la Chine doit survivre à l’après JO, rebondir suite au fort apport économique engendré, pas si important selon les sources et… continuer sur sa voie !

Lait contaminé
Le scandale du lait contaminé en Chine enfle : on a découvert de la mélamine dans le lait infantile, un composant synthétique destiné à la fabrication du plastique. En date du 23 septembre, les chiffres se montent à 53 000 enfants touchés, 13 000 hospitalisés et 4 décédés. Panique dans les familles, ruptures des exportations de la part de pays d’Afrique et d’Asie. Un souci égal un bouc émissaire, ce qui rassurera les foules ; le responsable des services de contrôle de la qualité est poussé à la démission. N’oublions pas qu’auparavant, la Chine a aussi connu l’effet toxique des médicaments, dentifrices et autres jouets. La méfiance a ses raisons de s’installer : son lit est fait.

Le 24 septembre on apprend par un célèbre gratuit que l’affaire a été étouffée depuis décembre 2007 déjà ! Des plaintes ont étés déposées auprès de l’entreprise Sanlu, la principale entreprise laitière impliquée dans cette histoire. Néanmoins, jusqu’en juin dernier, aucun test n’a été effectué par leurs soins. Ce n’est qu’à ce moment qu’ils ont été informés qu’une substance nocive avait été mélangée au lait. Et ce seulement le 2 août qu’ils en ont informé les autorités locales qui ont tardés jusqu’au 9 septembre avant de faire monter l’information à leurs supérieurs. Les pouvoirs sont donc également impliqués. Sans compter que la population n’a été avertie que le 11 septembre…

Vietnam et Italie prennent des mesures pour renforcer les examens pendant que le centre de contrôle de sécurité alimentaire de l’Institut de la Nutrition du ministère de la Santé commence à tester les échantillons, pour l’heure négatifs. Sanlu a pour sa part déclaré « nous rappellerons tous les laits infantiles produits avant le 6 août. Pour les laits en poudre produits après cette date, nous les rappellerons également si les consommateurs ont des doutes ou des inquiétudes »

Hans Troedsson, représentant de l’OMS, relève que la situation a de grands risques de s’aggraver, la Chine comptant tout de même 1 328 576 420 habitants en date du 25 septembre. Méfiance, gloire, doute, fierté…. Alors, quelle est votre image de la Chine ?
Lucie Crisinel

Interview

Les interprètes des surhommes ? « Dans une certaine mesure oui »

Répond M. Pascal*, interprète et traducteur depuis 35 ans en anglais, russe et français. Avec une grande expérience acquise a travers les diverses organisations pour lesquelles il a travaillé, au niveau du droit international, il donne son avis sur le métier.
Kalina Anguelova

L’interprète de conférence est considéré comme le sommet de la pyramide de ce métier, est-ce justifié d’après vous ?
Tout à fait. Parce que pendant les conférences de haut niveau il faut mobiliser toutes les connaissances et expériences pour pouvoir travailler dans une situation très dure et très stressante, comportant une grande part de responsabilité. Chaque choix de mot est très important.

En tant que traducteur vous avez la vie plus facile non ?
En tout cas moins stressante peut-être. Je préfère la traduction parce qu’elle donne une image plus précise et plus juste des textes. Selon moi, l’interprétation ne donne qu’une image générale du contenu.

Vous avez travaillé pour de nombreuses organisations entant qu’interprète, laquelle a représenté pour vous le plus grand challenge et pourquoi ?
Le BIT. Parce que dans cette organisation le droit international est placé dans un contexte très sensible de la vie quotidienne, celui des employés. En effet, les relations entre les employeurs et les employés et les relations de travail en général sont à la base de la stabilité de n’importe quel Etat. Cela touche tout le monde sans exception.

La traduction de roman pose déjà des problèmes, que dire de l’interprète de conférences traduisant en temps réel, ou même décalé, sous des contraintes comme la pression, le temps, le bruit…Etant interprète de conférence, vous considérez-vous en tant que surhomme ?
Dans une certaine mesure oui. C’est pourquoi l’interprète international ne travaille pas plus de six heures par jour et a impérativement des pauses de 30 minutes après chaque 30 minutes d’interprétation. Bien évidemment, il faut avoir une grande culture générale et un temps de réaction très rapide.

L’interprète placé à un haut niveau de décision politique peut être tenté d’influer sur le cours de l’Histoire, si parfois le résultat s’avérait positif, cela n’a pas toujours été le cas, comment minimiser ce risque, est-ce possible ?
Tout d’abord, l’expérience acquise lors de conférences moins importantes joue un grand rôle. Il faut être fidèle à la volonté de celui qui s’exprime. De plus, la plupart des discours sont enregistrés ou directement retranscrits, ce qui ne laisse pas une très grande marge d’imprécision pour l’interprète.

En adoptant une seule langue de communication entre les différents acteurs de l’enjeu décisionnel au niveau international, minimiserait-on les risques de mal interprétation, plutôt que chaque acteur s’exprime en sa propre langue et qu’on en fasse l’interprétation ?
Ce n’est pas une bonne solution. Car c’est toujours plus facile de s’exprimer dans sa propre langue. Cela permet de participer pleinement aux discussions. C’est pourquoi le système onusien reconnaît 6 langues officielles (l’anglais, le français, l’espagnol, l’arabe, le chinois et le russe). Ainsi, les représentants des différents pays peuvent s’exprimer clairement et les personnes qu’il représente peuvent le comprendre facilement.

S’il est vrai qu’à certaines époques les interprètes étaient mal vus puisqu’ils prenaient de grandes libertés en adaptant les traductions au goût de leur époque, voire même à être considérés comme menteurs, pourrait-on parler d’eux aujourd’hui de la sorte ?
Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les connaissances des langues étrangères augmentent. Ceux qui sont présents à une conférence parlent souvent plusieurs langues. L’interprète, en tant que professionnel, est plus expérimenté et est sous un contrôle permanent des participants, qui peuvent ne pas connaître parfaitement les différentes langues mais qui connaissent les aspects techniques de la discussion. Il existe aussi un organe de contrôle et un service technique, qui s’assurent de la qualité de la traduction.

Finalement l’interprète reste un humain avec des limites qui ne pourront pas sans cesse être repoussé, alors les machines prendront sûrement la relève, croyez-vous que c’est pour bientôt ?
Avec l’évolution technologique en matière de programme de traduction, il n’est pas impossible de voir un jour un ordinateur qui enregistre, interprète, et rediffuse l’information en temps réel, lors de conférence. Mais ce n’est malheureusement ou heureusement pas encore le cas.
*Pascal nom connu de la rédaction