Mode de vie, Société

Retraite au fil de l’eau ?

Les retraités les plus fortunés et les plus téméraires, n’hésitent pas à acheter une croisière à vie, ou une croisière tour du monde. Cela implique de revoir son organisation de vie, les cabines ou les petites suites des bateaux n’ont pas la capacité d’un appartement, il faut donc se séparer de bien des choses, de faire un tri dans les souvenirs, balayer le superflu et ne garder que l’essentiel. Cette façon de vivre sa retraite attire toujours plus de monde, si bien que de grandes compagnies maritimes mettent à l’eau de nouveaux bateaux ciblés sur les besoins de cette clientèle fortunée. De plus, il est aussi possible de vivre au soleil toute l’année, l’été dans l’hémisphère nord et l’hiver dans l’hémisphère sud, un rêve, non ?

Sur la toile, il y a bon nombre de témoignages de personnes qui ont vécu ou vivent sur un bateau, en voici quelques-uns : « À l’âge de 47 ans, ce financier américain a décidé d’interrompre sa carrière professionnelle pour voyager jusqu’à la fin de ses jours. Il a choisi de vivre sur des paquebots de croisière, et cela fait aujourd’hui près de vingt-trois années que ça dure « « Les gens viennent ici pour passer des vacances. Pas moi, je suis ici pour vivre ma vie », se plaît à dire celui qui se considère comme « l’homme le plus heureux du monde », dans le journal américain Chigaco Today. Ainsi, hormis pendant l’année et demie de restrictions liées à la pandémie de Covid-19, il a enchaîné les croisières et n’a quasiment pas remis le pied à terre, et ce, depuis un peu plus de deux décennies. Fuir le quotidien Ce qui lui plaît ? Ce mode de vie sur les flots lui permet de fuir les contraintes du quotidien : « Je n’ai pas d’hypothèque, je n’ai pas à sortir les poubelles, je n’ai pas à faire le ménage », énumère-t-il dans les médias américains, nombreux à l’avoir interviewé au fil de ces années sur les flots. Quant à ses proches qu’il a quittés en entamant ses croisières, ils ne semblent pas lui manquer. Il se vante de s’être fait de « nouveaux amis » dans le monde entier. Seule difficulté pour lui : ce voyage à temps plein est un luxe qu’il faut pouvoir s’offrir. Être croisiériste permanent a en effet un coût. Pour pouvoir continuer à vivre ainsi, indique Démotivateur, celui que l’équipage de la compagnie appelle affectueusement « Super Mario » fait donc parfois une entorse à sa retraite et reprend son costume de financier « pour gérer depuis sa cabine des portefeuilles d’investissement pour des clients privés ». Car pour lui, plus question de revivre sur la terre ferme.

 Insolite : vivre sa retraite sur un navire

Marty et Jess Ansen sont un couple de retraités aux anges ! Originaires de la ville de Brisbane en Australie, ces arrière-grands-parents ont choisi de couler des jours heureux à bord d’un navire de croisière. Ils affirment qu’il est moins cher de faire le tour du monde que de payer une maison de retraite ! C’est ainsi que les Ansen voguent sur les mers depuis le 16 juin 2022. Et, ils ne comptent pas s’arrêter là. Une retraite peu conventionnelle Habitués des croisières depuis des décennies, les Ansen ont choisi de vivre en mer de façon permanente après la levée des sévères restrictions liées à la pandémie de Covid-19 en Australie. C’est ainsi qu’ils ont décidé d’embarquer à bord du Coral Princess le 16 juin 2022 – et vivent depuis sur le bateau de croisière. Ils n’envisagent pas un retour sur la terre ferme avant au moins deux ans ! Le couple en est à sa 51ème réservation, soit déjà plus de 500 jours passés en haute mer. Les époux Ansen sont à bord depuis plus longtemps que certains membres de l’équipage : “Nous souhaitons la bienvenue aux différents capitaines.”, plaisante Jess dans une interview accordée à la chaîne de télévision australienne Nine Network. En comparant les coûts et les avantages, les Ansen ont trouvé que vivre en mer pouvait être non seulement faisable mais aussi avantageux. Les croisières offrent une gamme de commodités et de services qui surpassent souvent ceux des Ehpad, des résidences pour seniors, sans compter les destinations exotiques qu’ils peuvent visiter. Le couple de seniors se veut catégorique : cela leur revient moins cher que de rester en maison de retraite. En plus des nombreuses occupations à bord et des escales à découvrir, « nous n’avons plus à faire la vaisselle ni à faire le lit” s’amuse Marty. “C’est une vie merveilleuse (…) C’est comme ça que devrait être la retraite.”

De nouveaux paquebots

Les compagnies maritimes adaptent leurs offres à ces nouveaux croisiéristes, par exemple : Dernier né de la marque de luxe du géant des mers, MSC, Explora II a fait jeudi son escale inaugurale à Marseille. Symbole de la croisière de luxe qui a fait un bond de 30%. . Le paquebot de 461 suites baptisé, en septembre dernier, Explora II, entame sa croisière inaugurale en direction des côtes italiennes et de Civitavecchia Les deux prochains navires seront hybrides GNL et pile à combustible. Une première pour des paquebots de cette taille. Ces paquebots en construction, viendront compléter la flotte de luxe de MSC.

Une retraite qui largue les amarres

Vivre sa retraite sur un paquebot n’est plus une simple extravagance, mais une véritable tendance, portée par une génération en quête de confort, de découvertes… et de liberté. Si cette vie nomade reste réservée à une minorité fortunée, elle reflète un changement de regard sur la vieillesse : moins sédentaire, plus aventureuse. Et si, finalement, la mer devenait le nouvel horizon du bien vieillir ?
Pierre du Nom

Eclairage, Eclairage, Economie, Société

Voyager en avion avec son sac, une « sinécure » ?

Le Parlement Européen a récemment pris une décision historique qui pourrait bouleverser le modèle économique des compagnies aériennes, notamment celles du secteur low-cost. En effet, la Commission des Transports de l’Union Européenne a voté en faveur de l’interdiction des frais supplémentaires pour les bagages à main. Cette décision pourrait mettre un terme à des pratiques qui, pour de nombreux passagers, étaient devenues de plus en plus fréquentes et coûteuses.

Une décision favorable aux passagers

Le 6 juin dernier, le Conseil de l’Union Européenne avait adopté une proposition de règlement autorisant les compagnies aériennes à facturer des frais pour les bagages à main. Cependant, cette mesure a été largement rejetée par la Commission des Transports du Parlement Européen, avec 38 votes sur 42, marquant ainsi un revers pour les compagnies aériennes et un soutien fort aux droits des consommateurs.

Cette décision a été saluée par de nombreux gouvernements, notamment celui de l’Espagne, qui s’était déjà opposé à la proposition en juin. L’Espagne, par l’intermédiaire de son ministère des Droits Sociaux et de la Consommation, a également récemment infligé une amende de 179 millions d’euros à plusieurs compagnies aériennes pour des pratiques jugées abusives, notamment pour le frais supplémentaire imposé sur les bagages à main en cabine.

La montée en puissance des frais pour les bagages à main

Depuis le début des années 2000, avec l’explosion des compagnies aériennes low-cost, les frais pour les bagages en soute étaient devenus monnaie courante. Mais ces dernières années, une nouvelle tendance a vu le jour : la facturation des bagages à main. Initialement, les passagers pouvaient emporter une petite valise ou un sac à dos en cabine sans frais supplémentaires. Cependant, des compagnies comme Ryanair, Wizz Air et EasyJet ont commencé à facturer des frais supplémentaires pour un bagage cabine, même si celui-ci respectait les dimensions standard.

Ces frais peuvent parfois dépasser les 50 euros par vol, soit un montant supérieur au prix même du billet pour un vol à bas prix. Cette évolution a généré une frustration croissante parmi les passagers, qui ne s’attendaient pas à ces frais non, ou mal annoncés au moment de l’achat de leur billet. Pour de nombreux consommateurs, cela va à l’encontre de la transparence et de la clarté des prix.

Le verdict de la justice européenne

La Cour de justice de l’Union Européenne avait déjà pris position sur la question en 2014, en déclarant que le bagage à main fait partie intégrante du transport aérien et ne peut être soumis à des frais supplémentaires. Cette décision se base sur l’argument que le bagage à main est un élément essentiel pour le passager, qui ne pourrait raisonnablement voyager sans ses effets personnels essentiels.

Le règlement européen stipule également que la facturation d’un supplément pour les bagages à main constitue une surcharge non optionnelle, et donc, selon la jurisprudence de la Cour, une pratique commerciale déloyale. Ce principe a été renforcé par la résolution de l’Assemblée Européenne en octobre 2023, invitant les États membres à veiller au respect de cet arrêt de la CJUE, tout en appelant à une harmonisation des réglementations sur la taille et le poids des bagages à main.

La position de l’Association des Compagnies Aériennes

L’Association des lignes aériennes (ALA) a exprimé son mécontentement face à cette décision. Selon l’ALA, interdire aux compagnies aériennes de facturer des frais supplémentaires pour le bagage cabine pourrait nuire à la liberté des passagers de choisir les services qu’ils souhaitent inclure dans leur vol. L’association estime que cette mesure pourrait créer une confusion parmi les voyageurs qui préfèrent avoir une certaine flexibilité dans le choix des services.

Cependant, le vote du Parlement Européen semble se concentrer sur la protection des consommateurs. Les frais supplémentaires pour les bagages à main sont perçus par de nombreux passagers comme une forme de « prix caché » qui déforme le véritable coût du vol. De plus, les compagnies aériennes, en particulier celles à bas coûts, ont de plus en plus recours à ce genre de pratiques pour augmenter leurs marges bénéficiaires.

L’avenir des frais de bagages à main

Malgré ce vote du Parlement Européen, le processus législatif n’est pas encore terminé. Le règlement devra encore être validé par les institutions européennes, ce qui signifie que la politique actuelle sur les frais de bagages à main pourrait rester en vigueur pour l’instant. Toutefois, les signes sont clairs : les compagnies aériennes devront probablement revoir leur politique tarifaire en ce qui concerne les bagages à main, et cela pourrait marquer la fin des frais supplémentaires pour de nombreux passagers.

Cette décision de la Commission des Transports pourrait également conduire à une plus grande standardisation des règles concernant la taille et le poids des bagages à main. Actuellement, chaque compagnie aérienne fixe ses propres limites, ce qui peut créer de la confusion et des frictions avec les passagers.

Une victoire pour les consommateurs

La récente décision du Parlement Européen est une victoire majeure pour les passagers et les défenseurs des droits des consommateurs. Elle renforce l’idée que certains services essentiels, comme le transport d’un bagage à main, ne doivent pas être soumis à des frais supplémentaires. Alors que les compagnies aériennes continuent de se battre pour conserver leurs sources de revenus, l’Union Européenne semble de plus en plus déterminée à protéger les intérêts des consommateurs en matière de transport aérien.

Cela pourrait également marquer un tournant dans la manière dont les compagnies aériennes structureront leurs tarifs à l’avenir, avec une pression croissante pour une plus grande transparence et une meilleure protection des droits des passagers. En attendant, les voyageurs peuvent se réjouir de la fin prochaine de cette pratique jugée injuste et déloyale, et se préparer à des vols plus transparents et plus équitables.
V.vA.