Gratiferia, la culture de la gratuité

Le phénomène « gratiferia » est en pleine croissance en terres helvétiques. Le principe ? Un marché où chacun amène ce dont il n’a plus l’utilité et où chacun se sert gratuitement de ce dont il a besoin ou envie, sans compter. Serait-ce un moyen de vaincre la surconsommation et de créer des liens ? Neuchâtel a accueilli sa deuxième gratiferia le 19 octobre passé. Reportage.

Photo : Clémentine Künzler

Le concept de la gratiferia (littéralement « foire gratuite ») est né en Argentine en 2010 et s’est depuis étendu à l’Europe. L’idée est simple : « Amenez ce que vous voulez et prenez ce que vous voulez sans compter » . Pourtant le concept de gratuité, sans attente en retour, est parfois difficile à intégrer. Certaines personnes ressentent le besoin de payer ou n’osent pas se servir si elles n’ont rien donné. En effet, avec la gratiferia, aucun concept de troc ni de réciprocité. Le but est simplement de se débarrasser de ses affaires superflues, qui seront peut-être l’indispensable des autres.

Larticle.ch a suivi de près l’organisation de l’événement par le collectif gratiferia et vécu cet événement de l’intérieur. Le collectif gratiferia  Neuchâtel est un groupe ouvert à toutes et à tous dont le but est d’organiser des marchés gratuits dans la région.

9h –  L’installation commence, les différents stands se remplissent et des badauds affluent déjà s’arrêtent, s’interrogent. Les bénévoles occupés à disposer des tables ont du mal à gérer l’installation et répondre aux questions en même temps.

 Différencier le gratuit du reste

Le principe de gratuité totale n’est pas si simple. « Oui, oui les livres sont gratuits ! Servez-vous. Ah non la sono est là pour l’événement, elle n’est pas à prendre » répond une organisatrice à un passant. Les bénévoles installent alors un périmètre gratuit délimité.  Il est essentiel de délimiter différents périmètres pour faciliter la compréhension de ce principe peu commun.

Volonté de payer quand même

Dès le début, certaines personnes cherchent, un peu perdues, à qui elles doivent payer. Et même quand il leur est indiqué que c’est gratuit, une gêne et une incompréhension s’installent. Que peuvent-elles donner en retour ? Comment expliquer qu’il n’y a pas besoin de réciprocité ? Nous pouvons observer que la gratuité est un principe difficile à accepter.  Nous vivons dans une société où l’on travaille pour mériter un salaire et chaque acquisition est un échange où la réciprocité est la norme.

 Au-delà de la gratuité, parler en terme d’utilité 

En circulant entre les stands, une jeune fille tombe sur les écouteurs qu’elle cherchait à acheter depuis longtemps. « En trouvant exactement ce dont j’avais besoin et en me disant que ça avait été laissé là par quelqu’un qui n’en avait plus l’utilité, je me dis que c’est exactement cela l’ingéniosité de ce principe », nous explique-t-elle. Les gens font du tri dans leurs affaires et d’autres trouvent ce dont ils ont besoin. Nous assistons à une sorte de redistribution des biens existants, sans argent en jeu. Au fil des heures, les affaires arrivent et repartent avec de nouveaux propriétaires. Ce mouvement forme un renouvellement du stock, sorte de mosaïque d’objets qui change d’aspect le temps passant.

De jeunes musiciens de ska venus de Fribourg entament des chansons festives, les passants s’arrêtent, des enfants dansent. Sarah, membre de l’Alternative Étudiante Durable (AED), organise un atelier de bricolage pour fabriquer des porte-monnaies en briques de lait récupérées.

Société de demain ou retour de celle de hier ?

 « C’est génial ce projet, c’est super que ça revienne ! » s’exclame une passante enthousiaste. Ce phénomène ne serait-il pas annonceur de la société de demain ? Serait-ce en fait un retour en arrière ? Le troc et les échanges existent certes depuis longtemps et à travers cette remarque nous pouvons sentir une nostalgie d’un temps passé, l’idée d’un bon vieux temps où la (sur)consommation n’existait pas autant et la récupération  était chose évidente. « On voit que les gens sont étonnés, mais le concept leur plaît, commente Louise, présidente de l’AED et membre du collectif gratiferia. Ils sont interpellés et viennent voir ce qui se passe. »

Entre auto-modération et avidité

11h30 – Le tas d’habits a fondu. Est-ce que finalement le système d’échange ne s’équilibre pas de lui-même ? Est-ce que la majorité des personnes prennent beaucoup sans amener ?

Les gens qui n’ont rien apporté doivent sentir libres de se servir. Il s’agit d’un des principe de la gratiferia. Cependant nous pouvons observer dans le déroulement de la journée plusieurs cas où des personnes semblent en profiter outre mesure. Alors qu’une bénévole dépose du pain et du fromage à partager sur la table destinée à un buffet gratuit,  des gens se pressent déjà  pour se servir avant même qu’elle n’ait pu finir de couper. Le panneau qui indiquait le principe du buffet participatif se transforma ensuite de: « servez-vous sans compter » à « Servez-vous avec respect ». Ce genre de faits est resté en réalité minime et le marché s’est régulé de lui-même.

Finalement, c’est peut-être cette notion de respect et de bon sens qui fait que le concept fonctionne, créer de nouvelles règles implicites où les gens s’approprient ce concept de gratuité et d’échanges anonymes.  A la fin de la journée, il ne reste plus grand chose. Les restes seront emportés par Emmaüs et serviront ailleurs à d’autres.

CK

Sources :

http://www.greenetvert.fr/2012/06/01/les-marches-gratuits-la-nouvelle-tendance-anticonso/58756

http://gratiferiajura.wordpress.com/quest-ce-quune-gratiferia/

Une réponse à « Gratiferia, la culture de la gratuité »

  1. Bonjour! Je découvre Larticle et … l’article sur la grafiteria m’a beaucoup intéressée car j’ignorais l’existence de cette démarche. Mais une remarque: où s’est passé cet événement dans sa version neuchâteloise?
    Merci!

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