Reportage

La dyslexie racontée par des jeunes qui la vivent au quotidien

Six jeunes dyslexiques ont osé prendre la parole face à un auditoire archi-comble le 13 novembre dernier, à l’Espace Louis-Agassiz, à Neuchâtel, pour parler de leur trouble.

Il n’est jamais facile de prendre la parole devant un large public, d’autant plus lorsque l’on souffre de dyslexie. C’est pourtant le défi qu’ont relevé, avec un succès incontestable, six jeunes dyslexiques à l’occasion d’une conférence donnée le 13 novembre à l’Espace Louis Agassiz, à Neuchâtel, par l’aDsr (association Dyslexie Suisse-romande). La discussion était dirigée, avec beaucoup d’humanité, par la journaliste Gladys Bigler, accompagnée d’Isabelle Friedrich, pédiatre, et de Sylvie Tardy, orthophoniste.

Ces deux spécialistes ont abordé la dyslexie d’un point de vue scientifique, tandis que Alix, Virginie, Camille, Simon, Léa et Maréva (les six jeunes dyslexiques) l’ont expliquée telle qu’ils la vivent au quotidien. L’orthophoniste Sylvie Tardy a rappelé que la dyslexie était « un trouble spécifique et durable de l’apprentissage du langage écrit ». Les enfants souffrant de dyslexie peinent, à la lecture, à identifier les mots. Ils monopolisent de ce fait toute leur énergie cognitive au déchiffrement, ce qui les empêche ensuite de comprendre ce qu’ils lisent. Les dyslexiques ont également de la difficulté à apprendre par cœur sur du court terme. Ainsi, assimiler du vocabulaire ou des livrets représente pour eux un véritable calvaire. Il faut savoir encore que l’on ne peut pas guérir de la dyslexie, mais seulement trouver des moyens pour en atténuer les effets. Isabelle Friedrich et Sylvie Tardy s’accordent sur le fait qu’il est très important de dépister au plus vite un cas de dyslexie, afin de rapidement mettre en place un traitement qui permettra à l’enfant de mieux surmonter les difficultés qu’il rencontrera au fil de son parcours scolaire.

En effet, c’est avant tout sur le plan scolaire que les dyslexiques se heurtent à des difficultés. Pour ces six jeunes dyslexiques, «les devoirs c’est la galère». Ceux-ci ne comptent plus les heures qu’ils ont passées à leurs devoirs. «Les dyslexiques ne sont pas des paresseux. On travaille énormément pour récolter le plus souvent des mauvaises notes», explique celle qui a eu l’idée de cette conférence, Alix Desmeules, âgée de 18 ans. Leur handicap est aussi la source de moqueries de la part de camarades, mais le plus dur reste l’incompréhension de certains professeurs face à leur trouble. En effet, comment gérer émotionnellement un propos tel que celui-ci: «Votre langue frôle l’illettrisme. Si vous êtes dyslexique, faites-vous soigner», qu’un professeur a adressé à Camille.

Aujourd’hui, certains moyens se mettent en place pour faciliter l’apprentissage des dyslexiques. Ceux-ci peuvent utiliser des dictionnaires électroniques, la calculatrice ou encore avoir du temps supplémentaires durant leurs tests. Néanmoins ces mesures sont loin d’être généralisées. Selon Eliane Caillet, responsable de l’antenne neuchâteloise de l’aDsr, «on observe des améliorations pour les dyslexiques dans le canton de Neuchâtel, mais il reste encore beaucoup à faire».
Si la dyslexie a appris quelque chose à ces six jeunes, c’est bien la persévérance. La victoire de Maréva est, par exemple, de n’avoir jamais redoublé. Virginie déclare quant à elle : «Je suis maintenant capable de lire un livre sans que ma mère doive me l’expliquer ensuite». Alix n’a qu’une envie : «prouver aux gens que l’on peut réussir dans la vie en étant dyslexique». Chacun a, à l’image de Camille qui étudie la physique à l’EPFL, des projets d’avenir ambitieux. Toutefois, Sylvie Tardy a précisé que tous les dyslexiques ne s’en sortent pas toujours aussi brillamment que ceux qui ont pris la parole ce soir là.

Ces jeunes dyslexiques espèrent que cette conférence aura permis aux gens de mieux comprendre leur trouble, car c’est pour lutter contre l’ignorance qu’ils ont osé prendre la parole. «Il serait bien que nos problèmes quotidiens soient mieux reconnus pour que l’aide apportée par l’école devienne plus efficace», confie Alix.
S.B.

Commentaire

Quand on veut, on peut ? Concilier le travail et les études ?

Nombreux sont les étudiants qui doivent jongler entre les cours et le job. Travailler, étudier, étudier et travailler, tout en réussissant ses études, c’est un véritable défi à relever.

Bien entendu, tous les étudiants ne sont pas dans le même besoin. Il y a ceux pour qui gagner de l’argent n’est pas indispensable, mais par soucis d’indépendance financière vis-à-vis des parents ou autres personnes les entretenant, ils travaillent volontiers. Puis, il y a ceux qui ne bénéficient presque pas ou peu d’aide et travailler devient alors une nécessité.

Toute la difficulté consiste à trouver un job aux horaires flexibles, afin de pouvoir suivre tous ses cours à l’Uni. Ce facteur pris en compte ainsi que celui du degré de qualification des jeunes étudiants, réduisent considérablement le choix d’un job. Le top pour un étudiant c’est de travailler de nuit (bars, boites) ou dans la restauration, du fait des horaires compatibles avec les études mais aussi à cause des pourboires. L’inconvénient de cette « double vie » c’est que le rythme de bosser la nuit et étudier la journée, devient vite pénible.
Une fois le job trouvé, il faut le garder le plus longtemps possible, ce qui n’est pas toujours garanti. Vient ensuite la question du salaire. Souvent, soit les étudiants ne sont pas bien payés, soit pour un salaire qui paraît correct, on leurs demande bien plus qu’il ne le faut. Ce qui au final revient au même, l’étudiant est sous-payé.

De temps en temps, une opportunité s’ouvre pour  effectuer un stage qui s’oriente vers un domaine qui les intéressent, mais ils ne sont pas systématiquement payés, ce qui élimine d’office les étudiants en difficulté financière qui ne peuvent pas s’offrir ce luxe de travailler sans être payé.

Heureusement, il y a les vacances d’été, pour travailler un max et assurer ses arrières un minimum pendant l’année. Quant aux stages d’été en entreprise c’est toujours la même histoire, soit ils sont non payés, soit ils sont sous-payés.

Malheureusement, travailler pendant ses études implique des sacrifices à faire. Il ne reste que peu de temps libre à consacrer aux loisirs, considérés comme important pour l’épanouissement personnel. L’étudiant, par définition étant fauché, il trouve cependant toujours le temps et l’argent pour sortir boire ne serait-ce qu’une petite bière, c’est peut-être celui-ci son loisir.

Tout conte fait, les années que l’on passe à galérer, entre étude et travail en même temps, ne sont–elles pas, finalement, comme on aime à le dire « les plus belles années de nôtres vie » ?
Kalina Anguelova