Label en vogue dans l’univers du tourisme, celui qui se cuisine à toutes les sauces et se scande sur tous les toits. L’écotourisme a la cote, entre paradoxes et véritables promesses, regard sur la Suisse et ses engagements écologiques.
Halte au tourisme de masse chargé à bloc de CO2, gloire à la durabilité, à la prise de conscience collective et au bon sens. À l’image de l’explosion du bio, c’est l’âge d’or du label et du slogan salvateur dans le monde du tourisme. Un voyage responsable, vraiment ? Ecotourisme, tourisme responsable, solidaire, durable, équitable… une pléiade de termes qui font vendre et ont la même visée : protection de la biodiversité, déplacements plus propres, rapports à l’altérité et à la culture locale plus respectueux, mobilité douce et esprit consciencieux. Les agences de voyage se sont éprises de ces nouvelles-anciennes valeurs engagées pour un tourisme éthique.
La démocratisation du voyage l’a presque rendu fade. Le touriste aujourd’hui est à la recherche de l’unicité, il veut se différencier des autres, tout en vivant quelque chose d’extraordinaire. Les tours-opérateurs l’ont compris, ils se sont lancés à la course de l’authenticité, du vert et de l’éternel couple nature-culture. Floraison de labels à la pelle, de l’éco-lodge pour l’hébergement, à la promotion des parcs régionaux et nationaux, la concurrence est rude et les prix parfois exorbitants.
La Suisse, “championne mondiale de l’écotourisme”, selon le blog durabilité du portail Bluewin.ch, compte seize parcs nationaux (15% de son espace) ainsi qu’un environnement extrêmement diversifié propice à l’expansion du tourisme durable. Pionnière des innovations technologiques moins gourmandes en énergies polluantes, la Suisse a su s’appuyer sur un attrait touristique certain pour promouvoir une “autre manière de voyager, sans aller loin”.
Succès touristique à deux vitesses, puisque la mise en scène de la nature est une construction humaine : les plus beaux espaces naturels sont l’œuvre de l’homme, nous explique Sylvie Brunel, géographe et économiste spécialisée dans les problématiques liées au développement.
Des dérives abusives sont rapportées, notamment par les touristes eux-mêmes. Jérôme (prénom fictif), revient justement d’un voyage “tout compris” de deux semaines en Tanzanie avec une agence : “Il y avait un contraste saisissant entre les propositions sur le papier et la réalité, je suis déçu par les économies budgétaires faites sur place sous prétexte de prestations plus écologiques.” Il enchaîne en mentionnant notamment l’hébergement dans des « lodges verts », qui n’offrent pas de confort (couchettes en dur), pas d’eau chaude ni potable pour un prix néanmoins conséquent : 3.000 CHF les deux semaines sans les vols depuis Genève. En effet, les difficultés de traçabilité du foncier sont un point de mise en garde conséquent. De plus, les populations locales sont, elles aussi, “mises en scène” et théâtralisées, afin de donner une impression d’authenticité au touriste, point également soulevé par Sylvie Brunel. Inutile d’exotisme pour cela, en Suisse c’est déjà le cas, car la marque helvétique fait vendre et passe par un spectacle illusoire de traditions revisitées… Les chalets en sont un exemple révélateur, reproduits partout sur le globe et reconstruits selon un modèle touristique qui plaît, surtout en montagne. Reflet d’une authenticité qui n’existe plus depuis longtemps.
Le voyage écologique commence déjà chez soi, et par ses propres habitudes. Pas besoin d’aller loin. “J’ai essayé ce type de voyages parce que je suis touché par les enjeux actuels liés au climat, je fais de mon mieux pour que mon impact sur l’environnement soit le moins pesant possible. Je consomme local et je n’ai pas de voiture par exemple. En tout cas je ne vais pas réitérer cette expérience, la prochaine fois je pars seul et avec mon sac à dos”. Jérôme n’a définitivement pas été conquis par le marketing touristique. Mais, selon Sylvie Brunel, il a un bel avenir devant lui, et il ne faut surtout pas le diaboliser, car il est synonyme de changements et de prises de conscience à large échelle, malgré les dérives.
NoAn.