Non, « Jodel » n’est pas une variante de nos chants traditionnels.
« Jodel » est une nouvelle application allemande qui fait particulièrement sensation auprès des gymnasiens et universitaires suisses.
Le concept est simple, en téléchargeant cette application gratuite, il nous est permis de poster de manière anonyme des messages ainsi que des photos sur tout ce que nous voulons : culture, faits divers, mais surtout sur les choses qui se passent autour de nous et qui nous passent par la tête. Les autres utilisateurs, dans un rayon de 10 kilomètres pourront voir le poste et décider de le « liker », de le « unliker » d’y répondre ou tout simplement de l’ignorer. Plus besoin d’ajouter des amis ou de donner des informations personnelles. Le lieu d’où la personne a envoyé un message n’est jamais dévoilé, cependant l’application nous oriente en nous disant si la personne est « very close » ou « close » de nous.
Le principe ne s’arrête pas là. Pour rendre les utilisateurs accros à cette nouvelle plateforme, ceux-ci sont récompensés par du « karma » à chaque fois qu’ils utilisent l’application. Lorsque celle-ci est lancée pour la première fois, le consommateur se voit offrir 100 points de « karma » qui augmenteront, ou diminueront à chaque publication, like, unlike ou commentaire. De quoi apporter une touche ludique à cette nouvelle plateforme sociale.
L’application, déjà téléchargée près d’un million de fois, sort de l’ordinaire grâce à cet anonymat qui permet aux utilisateurs de dire plus ouvertement ce qu’ils pensent. Le politiquement correct est plus facilement dépassé, plus besoin de se soucier des réactions que pourraient générer un poste.
Et c’est ici que se trouve le problème. Comme tout nouveau concept, ou à l’image des commentaires laissés sous pseudonyme sur le Web, les abus et les dérapages s’emparent rapidement du phénomène.
En Suisse, une grande part des utilisateurs sont des universitaires et gymnasiens. Il devient donc facile de lancer une rumeur, de bizuter une personne sans que celle-ci puisse se défendre.
Afin de mieux comprendre l’envergure de cette application, deux étudiants de l’Université de Genève nous en parlent :
L’article.ch : Quels sont, selon vous les avantages et désavantages de cette application ?
Margaux et Amir : L’atout majeur de cette application est évidemment l’anonymat, on se sent plus libres de poster et de nous exprimer car nous savons que personne ne saura qui se cache derrière le message. Un autre avantage est que l’on peut savoir ce qui se dit autour de nous sans pour autant être impliqué.
Cependant, l’anonymat est aussi le désavantage de cette application. Les utilisateurs se sentent plus libres de lancer des rumeurs, celles-ci se propagent très rapidement et peuvent avoir de graves conséquences sur la personne visée.
L’article.ch : Quels sont les thèmes récurrent sur « Jodel » ?
Margaux et Amir : Les sujets sont plutôt variés mais, lorsque nous sommes en cours et surtout dans l’amphithéâtre, une discussion entière peut se faire sur le professeur, sur ce qu’il dit, sur ses vêtements etc. D’autres utilisent l’application pour dévoiler leur flamme en décrivant la personne.
Les discussions changent radicalement lorsque les cours sont finis et que nous rentrons chez nous. Pendant la soirée, beaucoup de personnes postent des blagues, des commentaires sur le programme télé, s’informent sur une soirée à venir, ou encore parlent de ce qu’ils sont entrain de faire. Pour exemple, les dernières discussions étaient très penchées sur la longueur des repas de famille à Noël. Ou alors, il y a quelques semaines tous les « Jodel » ne parlaient que des « terroristes » qui se promenaient dans Genève. La plupart des utilisateurs tournaient cette information en dérision.
L’article.ch : Connaissez-vous quelqu’un qui a déjà fait les frais de cette application ?
Margaux et Amir : Oui, un élève de l’université a été lynché en plein cours via « Jodel ».
Un utilisateur a commencé une discussion à propos de cette personne. Tout l’amphithéâtre s’y est mis et a fait des remarques sur la façon dont la personne s’habillait, ses fréquentations, ses manières etc. L’histoire est allée plus loin, un autre utilisateur a donné le nom de l’élève, son anonymat a lui aussi été bafoué. Des histoires comme celle-ci peuvent détruire une personne et sont surtout extrêmement dégradantes.
L’article.ch : L’application a connu un succès à son lancement, est-ce toujours le cas ?
Margaux et Amir : Au tout début du lancement de l’application, le succès était très important, tout le monde ne parlait que de ça. Maintenant, après un peu plus d’un mois on entend pratiquement plus parler de l’application. Personnellement nous n’y allons plus trop souvent, on l’oublie rapidement.
Fiona CP