Pertes humaines et conditions de travail frisant l’esclavagisme moderne. Voilà le résumé, un brin succinct certes, mais non moins réaliste des chantiers pour la coupe du monde 2022 au Qatar. Des travailleurs népalais souffrent, certains trépassent. L’attribution de ce mondial au Qatar fait jaser, et pour cause.
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Une enquête publiée par le journal britannique « The Guardian » dénonce le calvaire qu’endurent les népalais sur les sites de construction de la coupe du monde qatari. Ladite enquête fait notamment état de 44(!) trépas dans la seule période du 4 juin au 8 août 2013. Outre les morts sur les chantiers, beaucoup succombent à l’épuisement (une journée de labeur dure en moyenne 13 heures) ou suite à la précarité des logements qui, non ventilés et surchargés, s’apparentent à des crématoriums. D’autres actes, bafouant tous droits humains, sont perpétrés à l’encontre des ouvriers népalais. Des cas de passeports confisqués, de payes bloquées, de travaux forcés ou encore de refus d’accès à l’eau ont été avérés. Une vingtaine de « chanceux » ont pu rejoindre l’ambassade népalaise à Doha, fuyant un destin calamiteux. Tant de déboires au nom d’un événement footballistique qui, paradoxalement, se veut rassembleur.
Difficile donc d’adhérer à ce choix de la Fédération internationale de Football (FIFA), que celui d’attribuer un mondial à une monarchie absolue dont l’émir détient les pleins pouvoirs et où les partis politiques sont proscrits. Alors pourquoi ? La réponse est tristement évidente et tient en deux axes : influences politiques et intérêts économiques. Joseph Blatter, président de la FIFA, l’a ouvertement reconnu dans l’hebdomadaire allemand : « Die Zeit ». Quatre membres du comité exécutif et donc détenteurs d’une voix pour l’attribution du mondial, ont été limogés pour corruption. Comment accorder une once de crédit à une organisation dont les gains engrangés et le rayonnement politique importe plus que le sport qu’elle représente ? Quand la passion n’est plus, l’intégrité semble, à l’image des éminents dirigeants de la FIFA, corrompue.
Les preuves accablantes qui incriminent les responsables qataris obligent la FIFA à considérer l’éventualité d’un nouveau vote, afin d’élire un autre pays d’accueil pour 2022. La Fédération internationale de Football s’est dite « préoccupée » par la situation délicate au Qatar. Un euphémisme qui traduit le malaise légitime d’une fédération qui se doit d’assumer les conséquences d’une décision injustifiable. Les raisons de ce choix, masquées par des pseudos volontés d’éradiquer les frontières de la planète football, ne leurrent plus. Une enquête de la commission d’éthique de la FIFA est en cours pour définir l’hypothétique nécessité d’un second vote. Leur conclusion risque, en dépit du facteur humain, de statuer en faveur du Qatar. Dessein pessimiste ou fatale réalité ? À la FIFA de trancher en vertu de leur objectivité et de leur professionnalisme. Autrement dit, pour les footballeurs, l’été 2022 sera sans doute caniculaire.
DiMa