Edito
Depuis l’ère des temps l’homme a voulu contrôler les éléments de la nature. Fasciné et peureux par les éclairs il a connu le feu. Alors instinctivement, il essaiera de le maitriser. Mais, pour maitriser les agents externes il faut avoir une profonde connaissance des limites inhérentes à l’être humain. C’est savoir de quoi l’on est capable, jusqu’où on peut aller, quelles sont les valeurs que l’on doit défendre. Même sans la notion du « je » subjectif, on voit que la connaissance de ce que l’on est, un animal rationnel, est fortement lié à ce que je peux faire et à ce que je dois faire. La connaissance s’entend comme un savoir, comme un effort pour saisir, pour se représenter ce qui se présente à moi. Aussi la compréhension de ce que je suis, de ce qui se passe en moi. Cependant pour réussir à arriver au but de contrôler il faut s’interroger sur les liens qu’entretiennent connaissance et maîtrise. Il est possible de dégager trois grandes acceptions du « maître » : le dominus, le magister, et le maestro – ces trois termes latins renvoyant aux trois grandes dimensions de la maîtrise. Le dominus renvoie à la maîtrise comme domination autrement dit comme hiérarchie. Le maître est donc celui qui domine, qui est à la tête de la hiérarchie, qui est dominant dans le rapport de force. Le magister est le maître en tant que sa maîtrise est légitimée par la possession d’un savoir, ou tout du moins d’une compétence. Le maestro est le maître qui maîtrise à la perfection son art. Dans un premier temps, on peut se dire que la seule manière de maîtriser quelque chose est bien de développer une connaissance à son sujet.
Ainsi, on peut parler de « maîtrise » dans une discipline, au piano par exemple, parce que je connais les techniques et savoir-faire qui me permettent d’arriver à ce que je veux faire. De même, la maîtrise du corps, si importante chez les athlètes, demande une certaine connaissance de leur corps, de leur limite et de leur capacité. La maîtrise de soi semble alors renvoyer à la possibilité de toujours savoir ce que je fais et ce que je dois faire. Cependant, la notion de maîtrise introduit un aspect plus important que la simple connaissance. Je peux en effet avoir connaissance du phénomène de la foudre, sans avoir aucun pouvoir sur elle. De fait, il semble bien que même en se connaissant, l’individu ne puisse pas véritablement se contrôler, imprimer à son existence la marque qu’il veut.
Devant cette théorie, il est toujours plus facile de rêver à vouloir changer le monde que de s’engager à se changer soi-même et de modifier ses propres comportements.
Il va de soi que nous découvrons chaque jour avec plus d’acuité que la nature, notre terre, notre horizon, nos mers, le ciel ne nous appartiennent pas. Ils nous ont été confiés. Le défi de chacun est de préserver ce patrimoine, une sorte de joyau vivant à transmettre aux générations futures. Et avant de réclamer aux autres le changement de leurs comportements, engageons-nous à modifier les nôtres. Changer le monde, c’est d’abord se changer soi-même, là où nous pouvons agir avec force. Certes, cela n’enlève en rien la nécessité de garder la pleine lucidité sur ce dont on n’a pas la pleine maîtrise mais l’action collective de ce qui nous entoure est bien la somme de nos comportements individuels.
L’homme moderne, en découvrant le pouvoir de sa raison, a rapidement oublié qu’il était redevable à la nature d’un certain nombre d’obligations. S’il se découvre « roseau pensant » il ne doit tout de même pas oublier qu’il est le plus faible des roseaux, et dépendants comme les autres êtres vivant d’un équilibre naturel fragile.
V.vA