Les peintres au Charbon », par la Compagnie du Passage, mise en scène par Marion Bierry

Petite histoire inspirée de faits réels d’un groupe de mineurs anglais à la recherchent de culture, narrée avec beaucoup d’humour et de subtilité. Mais qui a dit que le milieu artistique était un domaine fermé, inaccessible aux personnes qui n’ont pas suivi de hautes études?

Le théâtre se remplit peu à peu, tel l’écho des galets au creux d’une vague, des sons sourds fusent de toute part. Lorsque l’on entre dans une salle de spectacle, on se prépare à partir en voyage. Les portes se referment, les lumières s’éteignent, les bruits s’estompent, nous perdons le fil de la réalité. Dans un tressautement, notre environnement se met sur pause, et notre esprit gagne les rives d’un nouveau monde. Hypnotisés, tout devient flou autours de nous. Comme lorsque l’eau est trop profonde, nous perdons pieds, mais nous sommes loin de boire la tasse, la pièce des Peintres au Charbon nous entraîne dans un petit village d’Angleterre, nous sommes en 1934. Cinq hommes sont réunis dans une salle, ils attendent un professeur de sensibilisation artistique. Rien de très particulier jusque là, si ce n’est le fait que ces hommes sont tous issus du milieu ouvrier. Quatre d’entre eux sont des mineurs (dont un au chômage) et le dernier exerce la profession de mécanicien dentiste.
Qui a dit que le milieu artistique était un domaine fermé, inaccessible aux gens qui n’ont pas suivi de hautes études? Ces hommes ont soif d’apprendre, de s’instruire. Il est vrai qu’ils auraient préféré un cours d’économie, mais aucun professeur n’était disponible, il fallait bien se rabattre sur quelque chose…

Lors de son premier cours, le professeur Robert Lyon tente de pousser ces hommes à s’exprimer sur des tableaux, à leur faire ressentir quelque chose. Mais il se rend bien vite compte, que lorsque l’on ne connaît absolument pas la peinture, il est bien difficile d’en penser quoi que ce soit. Il va les inciter à prendre le fer en main, et à peindre. Cet exercice se révèle difficile pour nos bonhommes, qui ont plus l’habitude de magner la pioche que de jouer avec un pinceau. Mais petit à petit, ils se laissent aller, faisant surgir des moments de leur vie sur la toile.

« Les peintres et le charbon » s’appuie sur des dialogues très riches, qui nous poussent à réfléchir sur la signification de l’art, son utilité et ce qu’il représente pour l’homme. Malgré les cafouillages de l’un des comédiens, il est intéressant d’observer leur évolution. Chacun développe à merveille le caractère attachant de son personnage, qui grandi tout au long de la pièce. ***Au début, timides, peu sûrs de ce qu’ils dessinent, à travers le regard de leur professeur et d’une riche héritière collectionneuse d’art qui va énormément les soutenir, ils finissent confiants, et fiers de leur travail. Enfin ils ont réalisé quelque chose qui leur est propre et qui leur appartient.
Au niveau de la mise en scène, les décors sont très simples, ils sont admirablement soutenus par l’éclairage qui cadence parfaitement les différentes atmosphères qui rythment la pièce.

A travers cette pièce, l’auteur nous démontre brillamment, tout en passant par le rire, que l’art n’est pas un milieu exclusivement clos, réservé à une élite. Les personnes n’ayant pas fait de hautes écoles reconnues peuvent aussi se démarquer dans la peinture, et parfois avec plus de talent que de « véritables » artistes.
Les lumières se rallument, on cligne des yeux, et on reprend contacte avec la réalité.
L.R.

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