Pot de terre contre pot de fer, le drame des cultures indigènes colombiennes
Après avoir achevé le Forum de Colombie «Les voix tuées par la guerre» à la Johanes Kirche de Berne, sous l‘égide de diverses associations (voir pied de l’article), l’un des protagonistes nous à concédé un interview exclusif.
Propos recueillis par Viviana von Allmen
L’éclairage
Selon le gouvernement d’Alvaro Uribe Vélez, les niveaux de violence politique se sont réduits significativement, ce qui permet une avance vers la démocratie et le progrès. Les sphères institutionnelles insistent sur la méconnaissance d’un conflit armé, la situation d’émergence humanitaire et les limites qu’a la démocratie colombienne pour que l’opposition puisse être exercée en totale liberté. Malgré les annonces du gouvernement, la réalité montre une situation bien différente. Selon des rapports des différentes organisations internationales, dans ce pays sud américain, la situation de précarisation de la population croît, les violences contre les droits de l’homme grandissent, les inégalités sociales augmentent et l’impunité se maintient.
Pour les organisations sociales en Colombie et pour de larges secteurs de la population, il est clair que si l’on veut trouver des solutions durables à la crise social et politique, il faut explorer des chemins alternatifs à celui de la guerre.
Seul un processus, incluant tous les acteurs et leurs propositions saura apporter la stabilité requise dans ce pays, fortement secoué par la violence. La politique économique dominante en excluant la population, ne pourra que fortifier les inégalités et les conflits.
Pérégrination
Les peuples d’Amérique du sud notamment les colombiens, se mobilisent en dénonçant les abus de la part des compagnies pétrolières multinationales dans les territoires «Resguardos» appartenants, selon la constitution de 1991, à la collectivité indigène de Colombie. Soutenus par la REDHER -Réseau Européen de Fraternité et Solidarité avec la Colombie- et après une assemblée entre indiens, paysans et syndicalistes du département de ARAUCA, une tournée à travers quatre pays et trente villes du vieux continent se met en marche.
Le Cacique U’wa (chef indien) Ismael Uncacia, invité par des ONG européennes nous raconte la vérité sanglante de son peuple.
En Europe pour défendre une vie naturel
-M. Ismael Uncacia, pourquoi avez-vous décidé de venir en Europe ?
Notre situation n’a pas d’espoir dans le confins de la Colombie. Seuls des appuis politiques extérieurs peuvent influencer nos autorités. Nous voulons montrer l’autre face de la médaille aux peuples qui comprennent les valeurs des traditions. Nous sommes opposés au message du Président qui à travers ses discours très élabores donne une image erronée de notre peuple, y compris des minorités. -Nous ne sommes pas des terroristes- comme le gouvernement veut le montrer.
-Comment sont les conditions de vie chez vous ?
Nous habitons dans les plaines orientales de la cordillère des Andes colombienne. Nos maisons sont construites avec les matériaux que nous trouvons dans la nature. Notre nourriture provient de nos cultures. Notre société est basée sur un modèle économique simple, le surplus de nos récoltes sont vendus sur des marchés locaux et ainsi nous pouvons nous procurer des vêtements et du matériel scolaire. Nous vivons en harmonie avec la nature, notre médecine naturelle reste celle de nos ancêtres et c’est comme ça que nous voulons rester.
-Pensez-vous pouvoir continuer longtemps à vivre en marge de la société moderne ?
Nous espérons bien. Nous ne voulons pas subir le même sort que certains indiens de nos voisins qui se sont vus proposer des sommes dérisoires pour leurs terres. Dans l’ignorance de savoir comment gérer cet argent ils se retrouvent aujourd’hui mendiant dans les rues de Bogotá.
Nous sommes profondément attachés à notre terre et refusons l’expropriation.
-Quels résultats avez-vous déjà obtenus de votre voyage européen ?
En Espagne on a obtenu de la part des députés de Valence, le soutient pour toutes les demandes administratives en relation avec la dégradation des cultures indigènes et la violation des droits de nos territoires. A Munich, plusieurs ONG travaillant déjà au Nicaragua, Honduras et Equateur vont sensibiliser l’opinion internationale sur notre problème. En Suisse nous espérons fortement, grâce à notre participation à deux Forums, dont « Forum social suisse » de Fribourg, les 4 et 5 juin, avoir en appui politique déterminant.
-Que comptez-vous faire à votre retour en Colombie ?
Informer les 14’000 membres de notre communauté des divers soutiens obtenus auprès de nos frères européens. Ceci va leur donner l’espoir et la force de continuer la résistance face aux décisions de notre gouvernement. Notre peuple ne demande pas autre chose que le respect de la constitution qui nous octroie l’autodétermination sur nos terres.
V.vA.