Viviana von Allmen
Ce lundi au Théâtre Palace à Bienne le cinéma culte italien est sur la scène. «Une journée particulière» d’Ettore Scola. L’auteur passe à la réalisation en 1964 et s’impose peu à peu comme un maître du cinéma italien sans s’enfermer dans la comédie où pourtant il excelle. L’adaptation du film pour la scène est signée par Gigliola Fantoni et Ruggero Maccari. Ils montrent une comédie intelligente et populaire, pleine d’humanité qui raconte une histoire à la fois fortement politique et légère, publique et privée. La mise en scène de Claude Pélopidas est vraie et fait vivre des moments marqués de profondeur et de variétés. Un seul décor déguisé en deux appartements et une concierge, interprétée par Claudine Usaï, parfaite dans ce rôle, permettent à cette journée de commencer dans une lumière éclatante du soleil de l’Italie. Des flashs étincelants mettent en place le caractère foncièrement réaliste du mini-drame. Le tout nourri d’une musique italienne. Nous sommes le 8 mai 1938, le Chancelier Adolf Hitler rend visite à son voisin le Duce Benito Mussolini. D’un côté c’est la réunion de deux êtres solitaires et malheureux. Une autre réalité montre un homme, une femme, presque isolés dans un immeuble déserté pour cause du défilé du Duce. Que pouvait-il se passer ? Peu de choses. Les conventions sont si lourdes à Rome en ces temps de dictature fasciste que même les plus audacieux n’envisagent pas de défrayer la rumeur. Ainsi, le jeune homosexuel du premier étage, ex-speaker à la radio, stigmatisé de partout pour ses mœurs dépravées, avait prévu en ce jour de rester à nouveau seul, dans cet appartement prêté pour survivre. Et pourtant, le sort l’aura voulu autrement. Suite à la fuite du petit perroquet de sa voisine, mère de famille encombrée de travaux ingrats, cette « journée particulière » lui restera longtemps en mémoire. La maladroite ingénuité d’Antonietta est jouée par Emilie Roudil, en femme soumise dans la société machiste et fasciste de l’époque. Malgré son fardeau ou à cause de celui-ci elle se laisse séduire par Gabriele, magnifiquement interprété par Claude Pélopidas, qui pourtant lui crie sa condition d’homosexuel. Ce couple particulier rend parfaitement la situation de souffrance de tous ceux qui, mis au ban de la société, ne savent plus comment se battre et ne peuvent qu’être spectateurs de leur mal être. Même une relation charnelle ne viendra pas améliorer leur situation. Un spectacle qui touche particulièrement, un réquisitoire contre l’intolérance, un ton juste et sobre, la rencontre de deux solitudes.