Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le Festival Belluard à Fribourg suit son cours depuis le 25 juin dernier et ce, jusqu’au 4 juillet. La « Forteresse Europe » pour thème, les scènes apolitiques sont pour le moins inexistantes. L’occasion pour L’article.ch de faire dialoguer politique, théâtre et jeunesse. Analyse. Photo : Web.
« Les artistes n’ont pas les solutions, mais ils offrent des visions empathiques, multiples et nuancées », explique Anja Dirks, directrice du Festival Belluard Bollwerk International depuis six mois. Cette 32e édition amène avec elle une réflexion internationale au sujet du cloisonnement du continent européen à l’égard des migrants. Divertissants et intelligents, les projets artistiques contemporains parfois même dérangent, souvent porteurs de messages. Le Belluard, parmi d’autres, est la preuve que les planches véhiculent actuellement maintes réflexions, même les plus politiques d’entre elles.
A l’occasion de la foire bâloise Art Basel (17 au 19 juin) et en vue des élections fédérales à venir, Politbox, application-jeu de connaissance pour smartphone, a tenté de clarifier les frontières entre art et politique. Résultat du sondage auprès des visiteurs : pour les 16 à 25 ans, l’art permet avant tout de créer une identité commune. Ainsi rien d’étonnant à ce que les services du Parlement aient lancé un site Internet et publié un album illustré, Le Parlement fantastique, retraçant l’histoire de la Suisse, « écrit par et pour les jeunes ». Le 2 juin, dans le cadre du vernissage de l’album, l’EPAC (Ecole professionnelle des arts contemporains) de Saxon (VS) a donné un coup de jeune aux statues des trois Confédérés, source d’inspiration des auteurs, design graphique et musique à l’appui. S’adressant certes aux 13-20 ans, les jeunes majeurs risquent probablement de ne pas se sentir concernés par le projet aux lignes peut-être trop enfantines. L’initiative soulève malgré tout un fait sociétal bien actuel : les jeunes suisses et la politique…ça fait deux. La Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (FORS) ressort en effet de ses statistiques un déclin du sens civique chez les jeunes citoyens helvétiques, préférant un engagement occasionnel et informel au schéma classique des votations et élections.
Combattre le mal par le mal, l’art comme médium
Se rendre au Festival Belluard, pour ne pas généraliser au théâtre, témoigne du souci de développer certaines réflexions, de creuser des idées personnellement préconçues. Sans pour autant négliger l’envie de se divertir. Tout comme avec l’art contemporain, chacun y trouve son compte. Dans une société qui file à grande vitesse, ne pouvant ainsi que survoler nombre de réalités du monde, un besoin humain semble émerger, celui d’approfondir en soi et pour soi ces réalités quotidiennes. S’emparer des réseaux sociaux afin d’éviter toute dépolitisation complète et définitive des citoyens helvétiques, tout âge confondu, est chose faite par la politique suisse. Qu’elle ébranle cependant les frontières avec le domaine artistique est surprenant mais réjouissant. L’art est, malgré sa dénomination très générique, synonyme de subjectivité. Qu’importe ses formes, l’art touche l’individu, lui laissant la liberté de l’intérêt ou de l’indifférence. Même provocatrice, l’œuvre artistique amène un questionnement personnel, l’indignation passée.
Peut-être qu’adoucir la révulsion fréquemment rattachée à la mention de la politique en la présentant par le biais de l’art aidera. Les élections fédérales de 2015 le diront.
C.