Eclairage

WEB 2.0 : Mission rentabilité !

Plus qu’une révolution technologique, le Web 2.0 est une mutation idéologique. Cela signifie la gratuité de nombreux services, la participation active des internautes, ainsi que la mise à disposition de nombreux nouveaux programmes.

Toute cette offre a boosté les audiences ; les sites du Web 2.0 connaissent actuellement une très forte affluence. On peut donner les exemples de You Tube avec quatre millions de visites uniques par mois, ou encore de My Space avec 100 millions de pages personnelles enregistrées.
Malgré leur très fort succès, beaucoup de ce genre de sites cherchent encore leur modèle de fonctionnement. Car si le Web 2.0 (= Internet collaboratif & communautaire) est une grande réussite sur le plan de l’inventivité et de l’audience, il doit maintenant faire face à un nouveau défi : la rentabilité. Pour la plupart des sites du Web 2.0, il devient très urgent de trouver un modèle économique, puisque vu le grand nombre de visiteurs qu’ils accueillent, ils doivent investir dans de nouveaux serveurs plus puissants et souvent très coûteux. Il convient donc de monétiser l’audience.

La première solution est de faire payer ses services (PayPal, carte bancaire + code, sms, etc.), mais cela a pour conséquence inévitable de faire baisser l’audience du site (ex: https://www.linkedin.com/) et d’aller à l’encontre de la fameuse gratuité du Web 2.0. De toute manière le système n’est que très rarement rentable. La solution la plus primée est alors la même que pour le Web 1.0 ; à savoir : la publicité. En effet, les annonceurs paient les sites pour y afficher leurs publicités (images, logos, gifts, etc.). A ce sujet, sur l’image ci-dessous, vous pouvez consulter une partie du printscreen des tarifs publicitaires de http://www.lexpress.ch/.
Une autre idée de rentabilité émerge ces derniers temps ; une réflexion affirme que sur le Web 2.0, les internautes font tout le boulot. En effet, ils nourrissent (alimentent) les sites. Alors pourquoi ne pas les laisser générer autres choses que le contenu, c’est-à-dire… du profit ! Fonctionner comme ceci paraît la solution la plus légitime pour les internautes, car en effet, les utilisateurs des sites du Web 2.0 sont ceux qui fournissent la quasi-totalité du « travail » ; ce sont en fait les vrais administrateurs (webmasters) des sites.
Dans cet ordre d’idées, des concepts ont alors émergé ces dernières années, pour permettre aux fervents internautes actifs du Web 2.0 de s’enrichir ; en effet, dans les sites de ventes notamment, les utilisateurs qui recommandent un article, reçoivent une commission générée par la vente de ce produit (ex: http://us.zlio.com/home) ! Des personnes peuvent alors commencer à vivre modestement grâce à leurs actions sur la toile.
Un autre modèle économique reste à citer, mais il devient de plus en plus utopique. Il s’agit du don d’internautes ; des sites comme Wikipédia entre autres fonctionnent sur ce modèle. En effet, ce dernier n’héberge pas de publicité et ne fait pas payer ses services. Le site a alors de plus en plus de mal à s’élargir. Notons tout de même qu’il existe encore des sites du Web 2.0 sans rentabilité ; il s’agit ceux qui fonctionnent sur le modèle du bénévolat.  
Tristan Barrabas
Pour plus d’informations sur le Web 2.0, rendez-vous sur mon blog : www.techinfocomm.blogspot.com

Eclairage

Internet, une forme d’individualisme collectivisé

On prétend pouvoir défier tout obstacle à la communication grâce à Internet. Pourtant, il apparaît que chacun se complait à exposer sa seule individualité.

Jürgen Habermas, philosophe allemand du 20ème siècle, considérait que, pour laisser une trace dans l’histoire, pour élever l’humanité, l’homme devait s’investir dans ce qu’il nomme l’«Offentlichkeit», traduit en français par «espace public». Ce terme comprend l’idée d’une sphère publique de communication et de délibération en vue d’arriver à des consensus par des arguments raisonnés.
Pour Habermas, ce lieu était avant tout une sphère politique où l’homme devait dépasser son individualité pour le bien commun par l’usage de sa raison.
A la sortie de son livre («L’espace public») en 1962, il présentait toutefois un constat pessimiste sur son époque. Il affirmait que : l’espace public était en train de se dégrader fortement avec le triomphe du marché capitaliste et l’avènement d’une culture destinée à être consommée plutôt que raisonnée. Il dénonçait une marchandisation de l’information, par les médias notamment.

Il semblerait bien que les craintes d’Habermas se vérifient aujourd’hui. Si l’on considère l’évolution que suit Internet à l’heure actuelle, on remarque que de plus en plus d’individus sont en mesure de produire leur propre contenu et de le soumettre à la communauté des internautes. On aurait pu imaginer le développement d’une «sphère publique virtuelle» où chacun apporte une contribution raisonnée ou participe à des débats sur divers thèmes publics, par exemple. Force est de constater que l’on se trouve bien loin d’un tel idéal. En effet, Internet se révèle être une plate-forme où chacun crie son individualisme.

Cette tendance s’illustre avant tout par les nombreux « blogs » chaque jour mis en ligne. Les utilisateurs recourent à ce type de service pour exposer leur personne, leur expérience individuelle, qui finalement ne touchent qu’un public restreint, et tendent plutôt à alimenter un voyeurisme malsain. Cette surexposition de la vie privée des individus comporte aussi une part importante de mensonge. La majorité des internautes tend à enjoliver son statut lorsqu’il s’agit de se présenter sur Internet (concernant le poids, l’âge, la profession, etc.). On se trouve donc face à des contributions centrée sur l’individualité et en partie illusoires, qui s’illustrent par la pauvreté de leur contenu, la plupart du temps.

A cela s’ajoute le caractère éphémère de ce genre de plates-formes, qui, une fois ouvertes, sont rarement exploitées à long terme. Rien ne se construit véritablement de manière durable. En conclusion, on pourrait se poser la question suivante: quelles traces l’humanité laisse-t-elle d’elle-même par ce genre d’activité ?
Sonia Bernauer
Sources : cours de L. Sgier, « Sociologie politique comparée de l’espace public ».