Eclairage

La bourse, les milliards, et nous ?

Alors que l’on entend parler tous les jours depuis un moment des chutes des cours, des subprimes, des millions et milliards que les pays donnent aux banques, petit coup de gueule.

Les bourses, je n’y entends rien. J’ai eu un jour un petit cours d’économie, qui m’a seulement permis de comprendre l’idée capitalistique qui soutient notre société : faire toujours plus d’argent. L’incompréhension régnait, et que pouvais-je penser d’autre à 16 ans, que : mais où va-t-on ? Pourquoi les riches doivent-ils devenir de plus en plus riches alors que toute une partie du monde devient de plus en plus pauvre ?

Il était évident que ce n’était pas les explications que j’ai alors reçues qui m’ont fait ressentir de l’empathie pour notre système financier, surtout en cette faste période qu’était mon adolescence. Le monde était injuste, et tout le confirmait.

Aujourd’hui, presque 10 ans plus tard, je suis universitaire, quelque peu plus informée du fonctionnement mondial, mais toujours éberluée et interdite. Certes j’ai pu comprendre que l’argent distribué par les divers organismes humanitaires censé rééquilibrer, d’après mon ignorance, l’injustice mondiale, ne suffisait pas à combler les différences. J’ai compris le gros de l’idée du mécanisme qui fait que même en injectant des quantités d’argent considérable, les enfants n’auront pas tous les médicaments nécessaires, les gens n’auront pas assez à manger et la situation n’évoluera pas vers la stabilité.

Pourquoi déjà ? Ah oui, je me rappelle. Les organismes qui s’occupent de gérer l’argent de l’humanitaire ou des gouvernements aidants ne savent comment le faire dans un autre pays, dans une autre culture, dans un autre système. On adapte nos habitudes économiques à des lieux qui ne sont pas fondés sur la même base. Et cela fait longtemps que cela dure. Et cela fait longtemps que la situation au sens large ne s’améliore pas, périclite même.

Certes par ici la donnée n’est pas la même. Le gouvernement donne de l’argent à un système économique qu’il connaît, le sien. Mais la garantie est-elle au rendez-vous ? Et s’il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches, et à ceux qui ont les moyens de s’enrichir, cela veut-il dire que cette situation pourra se répéter ? Et parler en centaines de milliards, c’est dépasser tous les superlatifs.

Il est vrai que j’ai de modestes économies, et que je détesterai avoir à les perdre aux noms de spéculateurs. Mais quelquefois il me prend à penser qu’un bon retour aux sources, aux vraies valeurs, aux vrais échanges entre les personnes, ne pourrait finalement pas tant nous nuire… L’avenir me le dira.
Lucie Crisinel

Édito

Oh! Le fric ne génère pas du fric?

Viviana von Allmen
La débâcle des marchés financiers ne laissait planer aucun doute. Les scénarios virtuels et les projections des spécialistes n’ont pas de solutions miracles.
L’économie va mal et l’on demande à la collectivité de financer les erreurs des grands managers ou banquiers joueurs, déconnectés de la réalité.
Il n’est pas nécessaire d’être féru de théorie macroéconomique pour comprendre qu’il s’agit d’une forme de partage global (le petit peuple) dans l’assainissement d’un processus de production de richesses (qui stagne ou régresse) condamné à la dérive.
Le marché des capitaux a gagné une puissance énorme ces dernières décennies. Ce qui nous a fait perdre le concept de la valeur d’un franc.
Les grands économistes ont développé un jeu d’argent artificiel, -maximation des gains- sans tenir compte que la contre partie étaient des biens très réels.
D’après quelle loi l’argent génère de l’argent ?
Cette théorie aussi improbable qu’aberrante a été mise en marche par des hommes d’affaires cupides et plutôt tordus.
La tendance à vivre à crédit répandue chez les gens modestes, surtout aux USA, (« Consommez aujourd’hui, payez demain »), a été honteusement exploitée par des firmes immobilières et des organismes de crédit nord américains irresponsables. Ceux-ci ont emballé les gros risques de défaillance des emprunteurs dans des «produits financiers» spéculatifs ingénieusement élaborés. Ils les ont ensuite, avec l’aide d’agences de notations qui tiraient profit de l’affaire, vendus dans le monde entier à des investisseurs dupés -dont de grandes banques qui en ont acheté pour des milliards et des milliards-.
La légèreté, indigne de professionnels, avec laquelle ils ont accepté de prendre d’aussi énormes risques ne peut guère s’expliquer que par l’avidité de banquiers d’investissement et de managers fonctionnant au bonus, couplée à l’échec des procédures de contrôle.
Alors un jour ou l’autre le fruit pourri se dévoile.
On se croyait protégé en Suisse…
Pays des banques par excellence, où  personne n’oserait nous enfoncer pour ne pas mettre en péril son fric.
Eh ben… NON.
Il importe de se préparer à la conséquence inéluctable de la crise financière: la crise de l’économie réelle. Là aussi, on a que trop privilégié le choix de se taire ou de minimiser son impact. Et à l’avenir il faudrait donc, y ajouter chez nous aussi, une conscience éthique qui se traduise en actes dans tous les domaines de la vie. Car si on songe vivre dans le pays de cocagne, la réalité nous frappera et il faudra encore des gouttes de sueur pour retrouver la valeur d’un franc.