Tennis

Du tennis et des paillettes

Du 21 au 26 octobre 2008, se tient, comme tous les ans à Bâle, le tournoi ATP réunissant quelques uns des meilleurs joueurs du monde dont celui que beaucoup considèrent comme le meilleur joueur de tous les temps, Roger Federer. Ambiance sur place.

Mardi 22 octobre 2008, 12h30. Entrée dans le parking de la Sankt Jakob Halle, prestigieuse enceinte où se déroule le tournoi de tennis de Bâle. On a tout de suite l’impression de pénétrer dans un autre monde. Des Mercedes, des BMW ou encore des Audi défilent à perte de vue. On essaie de passer inaperçus, au fond de notre petite Golf bleue, mais c’est vrai qu’on se sent un peu pauvres tout à coup. Et on n’a pas encore vu la voiture de Federer…
On jette un coup d’oeil mi-envieux, mi-goguenard à l’entrée réservée aux VIP, pour lesquels on a carrément déroulé le tapis rouge avant de rejoindre nos places dans les gradins du court central. Après un match de bonne facture entre le Tchèque Berdych et l’Italien Bolelli, l’ennui s’installe avec l’entrée de l’Argentin Nalbandian et de l’Espagnol Montanes pour une partie désequilibrée et franchement rasoir. C’est l’occasion de sortir les jumelles pour jeter un oeil à ce qui se passe dans la zone VIP. On est obligé de rire quand on aperçoit le nombre impressionnant de cravates réunies dans un aussi petit périmètre. Moins d’une heure plus tard Nalbandian a expédié les affaires courantes et c’est au tour du premier Suisse de la journée de faire son entrée sur le central bâlois, le Vaudois George Bastl. Les travées de la Halle Saint-Jacques sont à peine mieux garnies qu’au début de la journée (c’est-à-dire très peu). Pendant qu’on suit ce match, peut-être le plus plaisant de la journée, la majorité des gens déjà présents attend impatiemment dehors l’arrivée de la principale attraction du jour: l’enfant du pays, Roger Federer. Pendant que le pauvre Bastl, malgré toute sa bonne volonté, doit rendre les armes face à l’Argentin Del Potro (n°9 mondial) presque dans l’indifférence générale après un peu plus d’une heure et demie de jeu, Federer arrive au volant d’une magnifique Mercedes et entame une séance d’autographes improvisée avant de s’enfoncer dans les entrailles du stade pour se préparer à affronter l’Américain et inconnu au bataillon Bobby Reynolds.
18h45. L’ambiance (et la chaleur) montent de trois bons crans à l’entrée du numéro 2 mondial sur le court. Les 9200 places disponibles ont toutes trouvé preneur cette fois-ci. On a même droit à des regards meurtriers de la part de deux spectatrices assises devant nous quand on a l’outrecuidance d’oser chuchoter pendant un échange du maître des lieux. On sent que les choses sérieuses ont commencé. Comme le match n’est pas ce qu’on pourrait appeler du tennis champagne (malgré la présence du liquide en question en abondance dans les coulisses VIP), on ressort les jumelles pour se changer les idées, juste le temps d’apercevoir Mirka dans le box de son champion de petit ami. Auteur d’un match moyen (pour lui), Federer s’en sort non sans avoir égaré un set et s’être fait un peu peur. Après une interview en Suisse-allemand menée par l’ancien joueur Heinz Güntardt dont on avouera volontiers n’avoir saisi que quelques bribes, le numéro un des coeurs bâlois sort sous une standing ovation.
Aux environs de 21 heures, lorsqu’on annonce le dernier match de la soirée (Bohli-Acasuso), les trois quarts du stade ont vu ce pour quoi ils s’étaient déplacés et ont vidé les lieux. Comme on a payé 80 francs et qu’on ne rentre pas en Mercedes, on se dit qu’on peut bien rester encore un peu. On est un peu tristes pour le pauvre Stéphane Bohli, honnête tennisman genevois qui n’a que trop peu l’occasion de jouer devant un public digne de ce nom, mais on est bien content de le voir gagner contre un adversaire qui semblait bien pressé de rentrer au vestiaire.
Il est près de 22h30 quand on passe une dernière fois devant l’impressionnante voiture de Federer pour rallier l’autoroute qui nous ramènera à Neuchâtel, notre point de départ. Dans la nuit rhénane, on repense aux Mercedes, BMW, cravates et autres coupes de champagne et on se dit que le tennis ne sera jamais un sport ouvert aux masses comme l’est le football et on se sent un peu comme Bastl ou Bohli qui doivent lutter toute l’année, anonymes, dans de petits tournois pour grappiller les points qui leur donneront le droit de jouer les faire-valoir du Maître dans sa ville.
Raphaël Iberg

Théâtre

Le Feudataire

Mercredi  19 novembre a eu lieu la Générale du « Feudataire », présenté par la troupe du THUNE, au Collège de la Promenade à Neuchâtel.

« Le Feudataire », une pièce écrite par « le Molière Italien », Carlo Goldoni, est mise en scène, ici, par Jérôme Ricca. L’histoire qui nous est racontée est celle d’un jeune marquis frivole ayant hérité du marquisat de son père, puis toutes les tumultes qu’il suscitera auprès des paysans locaux. 
Kalina Anguelova

Le décor simple, mais non simpliste
Cinq chaises servent de décor unique à cette comédie. La disposition des sièges, remaniée tout au long de la pièce, laisse libre cours à notre imaginaire pour recréer les salles et salons de la noblesse du 18ème. Sans oublier les coins de campagne et de forêt réalisés brillamment par le jeu de lumière et les sièges où des bouts de tissus imitant la verdure y sont déployés.

Les costumes et les masques qui nous transportent aux 18ème siècle
Si certaines tenues semblent travaillées, d’autres paraissent un peu négligées. A l’opposé d’un Marquis à l’habit digne de son personnage, nous avons un Arlequin et un Pantalon dont les vêtements laissent à désirer, d’autant plus que tous deux sont issus de la tradition de la Commedia dell’arte et devraient donc avoir des costumes spécifiques qui nous permettent de les reconnaître sur scène.
Les masques que portent certains des personnages, quant à eux, sont splendides et soulignent à merveille le caractère de chacun d’entre eux.

Le jeu des voix et des postures
C’est incroyable comme les voix et les postures rendent les personnages crédibles. Le parfait exemple est celui du marquis se tenant droit et adoptant une voix et une gestuelle soulignant parfaitement son personnage maniéré et hautin. Mais encore Cecco, un des trois députés, interprété avec brio, incarne par sa posture légèrement recourbée et sa voix puissante, le paysan grossier, un peu violent. Aussi, Pantalon, carrément plié en deux durant toute la pièce, avec une voix basse, transpire la malice.
Cependant, on peut noter un manque de profondeur de certains personnages ainsi que de petites erreurs de texte, bien rattrapées heureusement, mais cela, ne nous empêche pas d’apprécier le  spectacle.

La touche d’humour et de légèreté
Le thème, sérieux, que constitue l’héritage d’un territoire est ici abordé avec humour et légèreté. Tous les conflits finissent par nous faire rire. A travers les scènes burlesques et parfois absurdes, le contraste entre la noblesse de l’époque et le peuple se fera fortement ressentir.
Même avec les quelques imperfections, n’oublions pas que tous les acteurs sont des amateurs, et notons l’effort de la part de ces derniers à nous donner un spectacle digne de Goldoni.